- Le partage de la succession est l’acte qui met fin à l’indivision : chaque héritier, jusqu’alors copropriétaire de l’ensemble des biens, devient propriétaire exclusif de ceux qui lui sont attribués ;
- La masse partageable correspond à l’actif net du défunt : actif brut moins les dettes, augmenté des donations antérieures rapportées fictivement pour égaliser les parts entre héritiers ;
- Le partage peut être amiable (accord unanime devant notaire) ou judiciaire (saisine du tribunal judiciaire) lorsque les héritiers sont en désaccord ;
- Deux impôts distincts s’appliquent : les droits de succession (selon le lien de parenté, après abattements) et le droit de partage à 2,5 % de l’actif net partagé.
Vous venez de perdre un proche et vous vous demandez comment organiser le partage de la succession ? Au décès, les biens entrent en indivision. Certains héritiers souhaitent rester en indivision ou créer une SCI pour gérer le patrimoine à plusieurs. D’autres préfèrent y mettre fin. Mais, qu’est-ce que le partage d’une succession exactement ? Comment calculer la masse à partager ? Faut-il opter pour un partage amiable ou judiciaire ? Vous découvrirez toutes les réponses dans cet article.

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Qu’est-ce que le partage d’une succession et quand intervient-il ?
La différence entre indivision et partage
Au décès d’un proche, les héritiers deviennent automatiquement copropriétaires de l’ensemble de ses biens sans répartition physique : c’est ce qu’on appelle l’indivision. Chaque héritier possède une quote-part exprimée en fraction (1/2, 1/3…) sur l’ensemble du patrimoine, et non sur un bien précis.
Le partage met quant à lui fin à cette copropriété. Par cet acte, les biens sont répartis et chaque héritier devient propriétaire exclusif de ce qui lui est attribué.
Le moment où le partage peut être demandé
L’article 815 du Code civil est clair : nul ne peut être contraint de demeurer dans l’indivision. Chaque héritier peut demander le partage à tout moment, quel que soit le souhait des autres.
Deux situations peuvent cependant retarder la sortie de l’indivision :
- Les héritiers ont signé une convention d’indivision : maintien de l’indivision pour une durée maximale de 5 ans, renouvelable ;
- Le tribunal a accordé un sursis au partage : notamment si la vente immédiate risque de porter atteinte à la valeur des biens ou de compromettre des intérêts familiaux.
Bon à savoir : le partage peut être total (tous les biens) ou partiel (certains biens sont répartis, d’autres restent en indivision).
Les héritiers concernés par le partage
Tous les héritiers légaux participent au partage : enfants, conjoint survivant et, selon leur rang dans l’ordre de succession, ascendants et collatéraux. Les légataires désignés par testament peuvent également y être associés si le testateur leur a légué des droits sur la succession.
Bon à savoir : le partage ne concerne pas uniquement les successions. En cas de divorce, les ex-époux doivent également partager les biens acquis en commun pendant le mariage.
Comment se calcule la masse à partager entre les héritiers ?
L’inventaire des biens du défunt
Avant tout partage, un inventaire des biens du défunt peut être établi. Réalisé par un notaire ou un commissaire de justice, il dresse la liste exhaustive de tous les actifs du patrimoine successoral. Cet inventaire constitue le point de départ du calcul de la masse partageable.
Il recense notamment :
- Les biens immobiliers (maisons, appartements, terrains) ;
- Les liquidités (comptes bancaires, livrets d’épargne) ;
- Les valeurs mobilières (titres, actions, parts sociales) ;
- Les biens meubles (véhicules, mobilier, objets de valeur) ;
- Les créances dont le défunt était titulaire.
Un point essentiel : les biens transmis par legs ne font pas partie de la masse partageable. Ils sont attribués directement au légataire.
Bon à savoir : dans certaines situations, l’inventaire est obligatoire : notamment lorsqu’un héritier est mineur ou placé sous tutelle ou lorsqu’un héritier accepte la succession à concurrence de l’actif net.
Les dettes déduites de l’actif successoral
Pour calculer la masse réellement partageable, il faut soustraire le passif successoral de l’actif brut du défunt.
Actif net = Actif brut − Passif
Le notaire établit ces deux postes avec précision. Les dettes déductibles comprennent notamment :
- Les crédits (immobiliers, à la consommation) ;
- Les impôts et taxes dus par le défunt ;
- Les factures impayées au moment du décès ;
- Les frais funéraires.
Lorsque les dettes dépassent l’actif, l’héritier peut accepter la succession à concurrence de l’actif net : il hérite des biens mais ne règle les dettes qu’à hauteur de ce qu’il reçoit, préservant ainsi son patrimoine personnel.
Le rapport des donations antérieures
Lors du calcul de la masse partageable, les donations antérieures reçues par un héritier sont réintégrées fictivement dans la succession pour égaliser les parts : c’est ce qu’on appelle le rapport des donations antérieures. La valeur rapportée est celle du bien au jour du partage, mais appréciée selon l’état du bien au jour de la donation (art. 860 C. civ.). Pour les sommes d’argent, le rapport est égal à leur montant nominal, sauf si elles ont servi à acquérir un bien.
Exception : si la donation a été expressément stipulée hors part successorale par le donateur, elle n’est pas soumise au rapport.
La réserve héréditaire et la quotité disponible
Tous les héritiers ne bénéficient pas des mêmes protections légales. Les héritiers réservataires (enfants ou conjoint survivant à défaut de descendants) ont droit à une partie minimale du patrimoine : la réserve héréditaire. Le reste constitue la quotité disponible, que le défunt peut transmettre librement par testament ou donation.
| Situation | Réserve | Quotité disponible |
| 1 enfant | 1/2 | 1/2 |
| 2 enfants | 2/3 | 1/3 |
| 3 enfants ou + | 3/4 | 1/4 |
| Conjoint seul | 1/4 | 3/4 |
Si le défunt a transmis davantage que la quotité disponible, les héritiers réservataires peuvent engager une action en réduction pour récupérer la part qui leur revient.
Bon à savoir : certaines familles anticipent en créant une SCI (il en existe différents types) pour organiser la transmission en amont et respecter la réserve héréditaire.
Partage amiable ou judiciaire : quelle procédure choisir ?
Les conditions du partage amiable chez le notaire
Le partage amiable est possible dès que tous les héritiers sont d’accord sur la répartition des biens. Le recours au notaire est obligatoire si la succession comporte un bien immobilier.
Le notaire compose des lots correspondant aux droits de chacun, que les héritiers s’attribuent d’un commun accord ou par tirage au sort. Si les lots sont de valeur inégale, l’héritier qui reçoit la part la plus importante verse une soulte aux autres.
En outre, un héritier peut choisir de racheter la part d’un cohéritier plutôt que de procéder au partage complet. Ce rachat de parts d’indivision lui permet de devenir propriétaire exclusif du bien. En contrepartie, il verse une soulte aux autres héritiers pour compenser la perte de leurs droits sur le bien.
Si un héritier est absent, mineur ou placé sous protection, un représentant légal désigné par le juge peut participer en son nom.
Le recours au tribunal en cas de blocage entre héritiers
Lorsque les héritiers ne parviennent pas à un accord, le partage judiciaire devient inévitable. N’importe quel héritier peut saisir le tribunal judiciaire. Ce dernier va alors désigner un notaire liquidateur pour organiser le partage.
En cas de désaccord persistant sur un bien immobilier, le tribunal peut ordonner sa vente aux enchères publiques : on parle alors de licitation. Le produit de la vente est ensuite réparti entre les héritiers selon leurs droits.
Actualité 2026 : la loi nᵒ 2026-248 du 7 avril 2026 renforce les pouvoirs du juge commis aux opérations de partage pour fluidifier les procédures.
Quels sont les frais et la fiscalité du partage successoral ?
Les droits de partage et leur taux applicable
Le droit de partage est un impôt dû à l’État au moment où les biens sont effectivement répartis. Son taux varie selon la nature du partage, conformément à l’article 746 du CGI :
- 2,5 % de l’actif net partagé dans le cadre d’une succession ;
- 1,1 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2022 pour un partage consécutif à un divorce, une séparation de corps ou une rupture de PACS.
Bon à savoir : ne pas confondre avec les droits de succession, calculés au moment du décès selon le lien de parenté : ces deux impôts sont distincts et peuvent se cumuler.
Le rôle du notaire et ses honoraires
Le notaire joue un rôle central dans le partage successoral. Sa présence est obligatoire dès que la succession inclut un bien immobilier et vivement recommandée dans tous les cas pour sécuriser les opérations.
Ses émoluments sont calculés proportionnellement à la valeur des biens partagés, selon un barème réglementé. Des débours s’y ajoutent : taxe de publicité foncière, contribution de sécurité immobilière et frais d’enregistrement.
Bon à savoir : depuis 2021, une remise est possible sur les émoluments : jusqu’à 10 % pour tous, et jusqu’à 20 % pour les opérations supérieures à 100 000 €.
Les abattements fiscaux selon le lien de parenté
Les droits de succession, distincts du droit de partage vu précédemment, sont calculés sur la part nette reçue par chaque héritier après déduction d’un abattement variable selon le lien de parenté.
| Lien de parenté | Abattement |
| Enfant (par parent) | 100 000 € |
| Frère/sœur | 15 932 € |
| Neveu/nièce | 7 967 € |
| Autre cas | 1 594 € |
| Personne handicapée | + 159 325 € |
L’abattement de 159 325 € pour les personnes handicapées est cumulable avec les abattements de droit commun. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS bénéficient par ailleurs d’une exonération totale des droits de succession. Le montant de 1 594 € constitue un abattement par défaut, applicable en l’absence de tout autre abattement.
Sur le montant restant, le barème progressif des DMTG (Droits de Mutation à Titre Gratuit) s’applique avec des taux allant de 5 % en ligne directe jusqu’à 60 % entre personnes sans lien de parenté.
Attention : les abattements s’appliquent en tenant compte des dons reçus dans les 15 années précédant le décès : toute donation antérieure vient réduire l’abattement de succession disponible.
