- La faute simple est le degré de faute le plus léger : elle justifie un licenciement, mais ne prive pas le salarié de son préavis ni de ses indemnités ;
- L’employeur doit respecter une procédure stricte : convocation, entretien préalable, puis notification dans des délais précis ;
- Le salarié conserve son droit à l’indemnité de licenciement, à l’indemnité compensatrice de congés payés et, le cas échéant, à l’indemnité de préavis ;
- La durée du préavis dépend de l’ancienneté du salarié, sauf disposition plus favorable de la convention collective ;
- Un vice de procédure ou une mauvaise qualification exposent l’employeur à une requalification devant les prud’hommes.
Un salarié accumule les retards depuis plusieurs mois : faut-il pour autant le licencier immédiatement, sans préavis ni indemnités ? Le droit du travail répond clairement non : ce type de comportement relève, dans la plupart des cas, du licenciement pour faute simple. Mais alors, quelle procédure suivre pour rester dans les clous ? Et quelles indemnités le salarié peut-il réclamer ? Dans cet article, nous vous expliquons comment mettre en œuvre ce licenciement sans risquer une contestation aux prud’hommes.

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Qu’est-ce qu’un licenciement pour faute simple ?
Faute simple : définition
La faute simple correspond à un manquement du salarié à ses obligations professionnelles, contractuelles ou réglementaires. Ce manquement doit être réel, identifiable et suffisamment caractérisé pour constituer une cause réelle et sérieuse de licenciement, au sens de l’article L. 1232-1 du Code du travail (ici).
Elle se situe au premier degré de l’échelle disciplinaire : elle est suffisamment grave pour justifier une rupture du contrat mais pas assez pour empêcher le salarié de continuer à travailler pendant la durée de son préavis.
Le licenciement pour faute simple relève du pouvoir disciplinaire de l’employeur. C’est lui qui apprécie la gravité des faits reprochés et décide d’engager, ou non, une procédure de licenciement plutôt qu’une simple sanction (avertissement, mise à pied, blâme).
Différence faute simple, grave et lourde
| Critère | Faute simple | Faute grave | Faute lourde |
| Définition | Manquement réel aux obligations du salarié | Manquement rendant impossible le maintien dans l’entreprise | Faute intentionnelle visant à nuire à l’employeur |
| Préavis | Oui | Non | Non |
| Indemnité de licenciement | Oui | Non | Non |
| Indemnité de congés payés | Oui | Oui | Oui |
⚠️ À noter : une mauvaise qualification a un coût direct pour l’employeur : requalifier une faute grave en faute simple devant les prud’hommes signifie devoir verser rétroactivement le préavis et l’indemnité de licenciement non versés au départ.
Quelle procédure suivre pour un licenciement pour faute simple ?
Le délai de prescription à respecter après les faits
L’employeur dispose d’un délai de 2 mois à compter de la connaissance des faits fautifs pour engager la procédure disciplinaire. Passé ce délai, les faits sont prescrits et ne peuvent plus fonder un licenciement.
La convocation à l’entretien préalable
L’employeur convoque le salarié par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge. La convocation doit indiquer :
- L’objet de l’entretien ;
- La date, l’heure et le lieu de l’entretien ;
- La possibilité pour le salarié de se faire assister par une personne de son choix.
Le déroulement de l’entretien préalable
L’entretien doit se tenir au moins 5 jours ouvrables après la présentation de la lettre de convocation. Il permet à l’employeur d’exposer les motifs du licenciement envisagé et de recueillir les explications du salarié.
La notification de la lettre de licenciement
Le licenciement est notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, au minimum 2 jours ouvrables et au maximum 1 mois après l’entretien. Cette lettre doit énoncer précisément les motifs du licenciement : ce sont eux, et eux seuls, qui pourront être invoqués en cas de litige.
À retenir : le salarié peut demander des précisions sur les motifs de licenciement dans les 15 jours ouvrés suivant la notification. L’employeur dispose alors de 15 jours pour répondre.
Quelles sont les indemnités d’un licenciement pour faute simple ?
Contrairement à la faute grave ou lourde, la faute simple ouvre droit à l’ensemble des indemnités de fin de contrat et de rupture. Elle est due dès que le salarié justifie de 8 mois d’ancienneté ininterrompue. Elle se calcule avec un montant minimal de :
- 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans ;
- 1/3 de mois de salaire par année d’ancienneté à partir de la 10e année.
Vous travaillez depuis 6 ans dans une entreprise, avec un salaire moyen de 2 400 €. Votre indemnité légale de licenciement s’élève à :
- 6 × (1/4 × 2 400 €) = 3 600 €.
La convention collective applicable peut prévoir un calcul plus favorable : l’employeur doit toujours comparer les deux méthodes et retenir la plus avantageuse pour le salarié.
Si le salarié n’a pas pu prendre tous ses congés payés acquis, il perçoit une indemnité compensatrice correspondante, quel que soit le motif du licenciement (la règle est la même en cas de démission et congés payés restants).
À la fin du contrat, l’employeur remet au salarié :
- Son certificat de travail ;
- Le solde de tout compte ;
- Une attestation France Travail, nécessaire pour l’inscription et l’ouverture des droits au chômage.
Si le contrat de travail comporte une clause de non-concurrence, l’employeur doit également indiquer s’il renonce ou non à son application, dans les délais prévus par la convention collective.
Quel est le délai de préavis pour un licenciement pour faute simple ?
Sauf disposition plus favorable, la durée légale du préavis dépend de l’ancienneté du salarié :
| Ancienneté | Durée du préavis |
| Moins de 6 mois | Selon la convention collective |
| De 6 mois à 2 ans | 1 mois minimum |
| Plus de 2 ans | 2 mois minimum |
Bon à savoir : la durée légale ne s’applique qu’à défaut de disposition plus favorable dans la convention collective, un accord d’entreprise ou le contrat de travail. Toute clause prévoyant une durée inférieure à la durée légale est nulle. C’est le cas par exemple de la convention 66, qui prévoit des durées de préavis spécifiques.
L’employeur peut dispenser le salarié d’exécuter son préavis. Dans ce cas, il doit lui verser une indemnité compensatrice de préavis, égale à la rémunération que le salarié aurait perçue s’il avait travaillé jusqu’au terme du préavis, heures supplémentaires incluses.
Combien coûte un licenciement pour faute simple à l’entreprise ?
Le coût direct (indemnités et préavis)
Le coût direct additionne :
- L’indemnité légale de licenciement ;
- L’indemnité compensatrice de préavis si le salarié en est dispensé ;
- L’indemnité de congés payés restants.
Pour un salarié de plusieurs années d’ancienneté, ce montant peut rapidement représenter plusieurs mois de salaire brut.
Le risque financier en cas de contestation aux prud’hommes
Si le salarié conteste son licenciement et que les prud’hommes jugent l’absence de cause réelle et sérieuse, l’indemnisation est encadrée par le barème Macron. Dans une entreprise de 11 salariés ou plus, l’indemnité se situe, par exemple, entre 3 et 6 mois de salaire brut pour 5 ans d’ancienneté, et entre 3 et 10 mois pour 10 ans d’ancienneté.
À noter : ce barème ne s’applique pas en cas de nullité du licenciement (discrimination, harcèlement, atteinte à une liberté fondamentale) : l’indemnité minimale est alors de 6 mois de salaire, sans plafond.
Comment contester un licenciement pour faute simple ?
Le délai de 12 mois pour saisir les prud’hommes
Le salarié dispose d’un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement pour saisir le conseil de prud’hommes. Passé ce délai, toute action est prescrite.
Les motifs de contestation les plus fréquents
Les contestations portent le plus souvent sur :
- Des motifs imprécis ou insuffisamment étayés dans la lettre de licenciement ;
- Un non-respect des délais de la procédure (convocation, entretien, notification) ;
- Une absence de proportionnalité entre les faits reprochés et la sanction prononcée.
Les conséquences d’une requalification pour l’employeur
Si le juge estime que le licenciement est sans cause réelle et sérieuse, l’employeur doit verser des dommages et intérêts, encadrés par le barème Macron. Un vice de procédure, même sans contester le fond, peut également donner lieu à une indemnisation distincte.
Les précautions pour limiter le risque de contestation
Pour limiter le risque de contestation, l’employeur peut suivre ces quelques réflexes avant d’engager un licenciement pour faute simple :
- Documenter les faits reprochés avec des preuves écrites et datées (mails, rapports, attestations) ;
- Vérifier la convention collective applicable pour les délais et formalités spécifiques ;
- Respecter le délai de prescription de 2 mois à compter de la connaissance des faits ;
- Rédiger la lettre de licenciement avec des motifs précis, datés et vérifiables ;
- Conserver une copie horodatée de chaque document remis ou envoyé au salarié ;
- Faire relire la procédure par un avocat en droit du travail avant la notification.
Faute simple : quelles alternatives au licenciement ?
La sanction disciplinaire sans rupture du contrat
Face à une faute simple, l’employeur n’est pas obligé de licencier. Il peut opter pour une sanction plus légère : avertissement, blâme ou mise à pied disciplinaire (limitée dans sa durée). Cette option permet de marquer le manquement sans rompre la relation de travail, tout en constituant un antécédent utile si le comportement se reproduit.
La rupture conventionnelle, une option plus rapide
Si l’employeur et le salarié souhaitent tous les deux mettre fin au contrat sans passer par une procédure disciplinaire, la rupture conventionnelle reste envisageable. Elle évite tout débat sur la qualification de la faute, mais nécessite l’accord du salarié et une homologation par la DDETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités).
À retenir : la rupture conventionnelle n’est pas adaptée si le salarié refuse de négocier : dans ce cas, seule la voie disciplinaire, jusqu’au licenciement si nécessaire, reste possible.
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