- Le bail lie le propriétaire au locataire, le mandat de gestion lie le propriétaire à l’agence : changer d’agence ne modifie ni le bail, ni le loyer, ni les droits du locataire ;
- Le mandat se résilie à son échéance avec le préavis prévu au contrat, à tout moment si l’agence n’a pas respecté la loi Chatel, ou de façon anticipée en cas de faute ou d’accord amiable ;
- L’ancienne agence doit rendre compte de sa gestion et restituer documents, fonds et dépôt de garantie ;
- Le locataire doit être informé par écrit du nouveau gestionnaire et du nouveau compte de paiement, son accord n’est pas nécessaire.
Retards de versement des loyers, honoraires qui grimpent, appels sans réponse : quand l’agence qui gère votre bien ne donne plus satisfaction, attendre le départ du locataire n’est pas une obligation. Le changement de gestion locative en cours de bail est possible à tout moment de la location, à condition de respecter les règles de votre mandat et d’organiser proprement la transition. Encore faut-il savoir quand et comment résilier, quels documents réclamer, comment prévenir le locataire et quelles conséquences ce changement a sur votre comptabilité de bailleur. Voici la marche à suivre, étape par étape.

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Changer de gestion locative en cours de bail : ce que permet la loi
La gestion locative repose sur deux contrats indépendants l’un de l’autre. Le bail d’habitation lie le propriétaire et le locataire : il fixe la durée de la location, le loyer, les charges et les obligations de chacun. Le mandat de gestion lie le propriétaire et le professionnel à qui il confie l’administration du bien : encaissement des loyers, quittances, révision du loyer, régularisation des charges, suivi des travaux et des sinistres.
Le locataire n’est pas partie au mandat. Mettre fin au mandat n’a donc aucun effet sur le bail en cours, qu’il s’agisse d’une location nue ou d’une location meublée. Concrètement, lorsque vous changez de gestionnaire :
- le bail continue jusqu’à son terme, puis se renouvelle dans les conditions habituelles ;
- le loyer, les charges et la clause d’indexation restent identiques ;
- le dépôt de garantie reste dû au locataire à sa sortie, quel que soit l’intermédiaire qui le détient ;
- aucun nouveau bail ni nouvel état des lieux n’est à signer.
La seule contrainte se situe du côté du mandat. Lorsqu’il est confié à un professionnel de l’immobilier, la loi Hoguet (ici) exige un mandat écrit. Sa durée, ses conditions de reconduction et ses modalités de résiliation sont fixées par ses propres clauses : en pratique, il s’agit souvent d’un engagement d’un an reconduit tacitement, parfois plus long. C’est donc ce contrat qui détermine à quel moment et à quelles conditions vous pouvez en sortir.
Bon à savoir : le changement de gestionnaire ne concerne que vous et vos prestataires. Le locataire n’a pas à donner son accord et ne peut pas s’y opposer. Il doit simplement être informé de ses nouveaux interlocuteurs.
Puis-je vraiment changer d’agence avant la fin de mon mandat ? Tout dépend de votre situation. À l’échéance, avec le préavis prévu, vous partez librement et sans frais. En cas de faute documentée de l’agence, une rupture anticipée sans indemnité est envisageable, avec un risque de contestation. Sans faute et avant l’échéance, la révocation reste possible, mais elle peut vous coûter une indemnité ou des dommages-intérêts selon les clauses du mandat.
Quand et comment résilier votre mandat de gestion
Avant toute démarche, relisez votre mandat. Quatre informations conditionnent la suite : la date d’anniversaire, la durée du préavis, l’existence d’une indemnité de résiliation anticipée et la forme de notification exigée. Selon votre situation, quatre voies de sortie sont possibles.
À l’échéance du mandat, avec préavis
C’est la voie la plus simple et la plus sûre. Vous notifiez votre décision de ne pas reconduire le mandat en respectant le préavis prévu au contrat, le plus souvent de un à trois mois avant la date anniversaire. Aucune justification n’est à fournir et aucune indemnité n’est due.
La notification se fait par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par lettre recommandée électronique, qui a la même valeur juridique. Si vous avez souscrit votre mandat en ligne, le professionnel doit aussi vous permettre de le résilier par voie électronique : c’est l’obligation dite de « résiliation en trois clics » prévue par le Code de la consommation depuis juin 2023.
À tout moment, si l’agence n’a pas respecté la loi Chatel
L’article L. 215-1 du Code de la consommation, issu de la loi Chatel, oblige le professionnel à vous rappeler par écrit votre faculté de ne pas reconduire le contrat. Ce rappel doit vous parvenir au plus tôt trois mois et au plus tard un mois avant la date limite pour vous opposer à la reconduction.
Si l’agence a oublié ce courrier, vous pouvez résilier le mandat gratuitement, à tout moment à compter de sa reconduction.
Attention, ce mécanisme ne s’applique qu’au mandant qui contracte en tant que consommateur ou non-professionnel. Être propriétaire bailleur ou loueur en meublé ne suffit pas à établir ce statut : il s’apprécie au cas par cas, selon la nature de votre activité, le nombre de biens gérés ou le fait de louer via une société. En cas de doute, faites vérifier votre situation avant d’invoquer la loi Chatel dans votre courrier.
En cours de mandat, pour faute du gestionnaire
Loyers reversés régulièrement avec retard, absence de compte rendu de gestion, impayés non relancés, locataire installé sans vérification suffisante de sa solvabilité… En cas de manquements graves à ses obligations, le gestionnaire peut voir son mandat résilié de manière anticipée, sans indemnité de résiliation.
Ce motif doit être solidement documenté : courriels restés sans réponse, relevés montrant les retards, échanges avec le locataire. Commencez par une mise en demeure listant les manquements et fixant un délai pour y remédier. Si la situation ne s’améliore pas, la résiliation peut être notifiée en visant précisément ces manquements. En cas de contestation, seul un juge pourra trancher.
En cours de mandat, par accord ou contre indemnité
Sans faute de l’agence et en dehors de l’échéance du mandat, deux choses sont à distinguer. D’abord, l’article 2004 du Code civil permet au propriétaire de révoquer son mandat : l’agence ne peut pas vous obliger à poursuivre la relation. Ensuite, cette rupture peut avoir des conséquences financières.
Votre mandat peut prévoir une indemnité de résiliation anticipée, dont le montant dépend du contrat. Même sans clause, une résiliation abusive peut entraîner une demande de dommages-intérêts. Avant de changer d’agence, vérifiez donc les conditions de résiliation prévues dans votre mandat. Si possible, formalisez aussi par écrit avec l’agence la date de fin, l’éventuelle indemnité et la transmission du dossier.
Le tableau ci-dessous résume ces quatre situations.
| Situation | Moment de la résiliation | Coût | Fondement |
| Échéance du mandat | Date anniversaire, après préavis | Aucun | Clauses du mandat |
| Rappel Chatel non envoyé | À tout moment après la reconduction | Aucun | Article L. 215-1 du Code de la consommation, si vous êtes consommateur ou non-professionnel |
| Faute du gestionnaire | Après mise en demeure restée sans effet | Aucun, sauf contestation | Manquement aux obligations du mandat |
| Départ anticipé sans faute | À tout moment | Indemnité ou dommages-intérêts possibles selon le mandat | Article 2004 du Code civil, clauses du mandat, accord amiable |
Les étapes d’un changement de gestionnaire réussi
Le principal risque d’un changement de gestion locative en cours de bail n’est pas juridique : c’est le vide de gestion, cette période où personne n’encaisse le loyer ni ne répond au locataire. Pour l’éviter :
- Relisez votre mandat et calculez la date limite de résiliation, en vérifiant au passage si le rappel Chatel vous a bien été adressé ;
- Choisissez votre nouvelle solution de gestion avant d’envoyer la résiliation, pour connaître la date à laquelle elle peut prendre le relais ;
- Notifiez la résiliation par lettre recommandée en indiquant la référence du mandat, l’adresse du bien, la date d’effet souhaitée et votre demande de restitution du dossier ;
- Signez le nouveau mandat avec une date de prise d’effet alignée sur la fin du préavis ;
- Organisez la passation pendant le préavis : liste des documents, arrêté des comptes, transfert du dépôt de garantie ;
- Informez le locataire avant la première échéance de loyer concernée ;
- Contrôlez la situation un mois après la bascule : loyer bien encaissé et reversé, quittances émises, dossiers en cours repris.
Les documents et les fonds à récupérer auprès de l’ancienne agence
L’article 1993 du Code civil oblige tout mandataire à rendre compte de sa gestion et à restituer au mandant tout ce qu’il a reçu pour lui. Votre ancienne agence ne peut donc pas conserver le dossier de votre bien, ni les sommes qu’elle détient pour votre compte. Adressez-lui une demande écrite, accompagnée de la liste des pièces attendues et d’un délai de remise.
| Élément à récupérer | Pourquoi c’est indispensable |
| Bail signé, avenants et inventaire du mobilier en meublé | Base contractuelle de la location |
| État des lieux d’entrée | Référence pour la restitution du dépôt de garantie |
| Dossier du locataire et acte de cautionnement | Coordonnées, garanties, recours en cas d’impayé |
| Diagnostics techniques | DPE et autres diagnostics à fournir et à renouveler |
| Historique des loyers, quittances et révisions | Détection des arriérés et des trop-perçus |
| Décomptes de charges et provisions | Préparation de la prochaine régularisation |
| Dossiers travaux, sinistres, devis et factures | Continuité du suivi et justification des dépenses |
| Contrats d’assurance et d’entretien en cours | Maintien des garanties et des prestations obligatoires |
| Arrêté de compte de sortie | Solde des loyers encaissés, des honoraires et des débours |
| Dépôt de garantie | Somme due au locataire à sa sortie |
Le dépôt de garantie mérite une attention particulière. Selon les cas, il a pu vous être reversé dès l’entrée du locataire ou être conservé par l’agence pour votre compte : vérifiez ce que prévoit votre mandat et ce qu’indiquent vos comptes rendus de gestion. S’il est détenu par l’agence, demandez-lui de le transférer à votre nouveau gestionnaire, ou de vous le reverser si vous reprenez la gestion. Exigez un justificatif du virement : à la sortie du locataire, c’est vous, en tant que bailleur, qui êtes tenu de le lui restituer.
Si l’agence tarde à transmettre le dossier, procédez par étapes : relance écrite, puis lettre recommandée fixant un délai précis, puis mise en demeure rappelant son obligation de rendre compte. En dernier recours, vous pouvez saisir le juge pour obtenir la restitution du dossier et des fonds.
Informer le locataire du changement
L’article 3 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que le bail mentionne l’identité du bailleur et, le cas échéant, de son mandataire. En pratique, le locataire doit donc être averti par écrit du changement d’interlocuteur. Le courrier peut être envoyé par vous ou par votre nouveau gestionnaire, de préférence par lettre recommandée ou par un moyen qui garde une trace de l’envoi.
Le courrier doit préciser :
- le nom et les coordonnées du nouveau gestionnaire, ou les vôtres si vous gérez désormais en direct ;
- la date à partir de laquelle le changement s’applique ;
- le nouvel IBAN pour le paiement du loyer ;
- les contacts à utiliser en cas d’urgence technique ;
- le rappel que le bail, le loyer et les charges restent inchangés.
Cette information doit être claire et arriver suffisamment tôt : tant que le locataire n’a pas été correctement averti des nouvelles modalités, il peut, de bonne foi, continuer à régler sur l’ancien compte. Si un loyer arrive malgré tout à l’ancienne agence, celle-ci doit vous en rendre compte et reverser la somme : prévoyez ce cas dans votre demande de passation, et vérifiez le premier paiement après la bascule.
Objet : changement de gestionnaire de votre logement
Madame, Monsieur,
Nous vous informons qu’à compter du [date], la gestion du logement que vous occupez au [adresse] est confiée à [nom du nouveau gestionnaire], joignable au [téléphone] et à [adresse e-mail].
À partir de cette date, nous vous remercions de régler votre loyer et vos charges sur le compte suivant : [IBAN]. Pour toute demande relative au logement, y compris en cas d’urgence, merci de contacter ce nouvel interlocuteur.
Les conditions de votre bail, notamment le loyer, les charges et la durée, restent inchangées.
Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.
[Nom et signature du propriétaire]
Impayés, sinistres, assurances : les dossiers qui demandent de la vigilance
Un changement de gestionnaire reste possible même lorsque des dossiers sont ouverts. Il demande simplement une passation plus rigoureuse.
Impayés et sinistres en cours
Si une procédure d’impayé est engagée, transmettez au nouveau gestionnaire l’intégralité des relances, mises en demeure, commandements de payer et échanges avec la caution. Le moindre trou dans le dossier peut retarder la procédure ou fragiliser une déclaration à l’assureur.
Pour un sinistre, récupérez le numéro de dossier, les coordonnées de l’assureur et de l’expert, le rapport d’expertise et les devis. Pour des travaux déjà commandés, réclamez les devis signés, les bons de commande et les factures : l’ancienne agence reste responsable de ce qu’elle a engagé, le nouveau gestionnaire prend le relais pour la suite.
Assurance loyers impayés et assurance du propriétaire
La garantie loyers impayés (GLI) peut être liée au contrat de l’ancienne agence. En cas de changement de gestionnaire, elle peut donc prendre fin.
Avant de changer d’agence, vérifiez avec l’ancienne agence et l’assureur jusqu’à quelle date vous êtes couvert. Demandez aussi au nouveau gestionnaire s’il peut reprendre la garantie ou s’il faut souscrire un nouveau contrat. Les conditions peuvent être différentes, notamment pour un locataire déjà en place.
Pensez également à vérifier votre assurance propriétaire non occupant (PNO). Pour en savoir plus, consultez notre article sur l’assurance d’un investissement locatif.
Bon à savoir : si une régularisation annuelle des charges approche, attendez qu’elle soit faite avant de basculer, ou exigez de l’ancienne agence un décompte arrêté à la date de transfert. Une régularisation à cheval sur deux gestionnaires est une source fréquente d’erreurs.
Nouvelle agence ou gestion en direct : bien choisir la suite
Changer de gestionnaire est l’occasion de corriger ce qui ne fonctionnait pas. Avant de signer un nouveau mandat, comparez les offres sur des critères concrets :
- la détention d’une carte professionnelle mention gestion immobilière et d’une garantie financière ;
- les honoraires de gestion et les frais annexes, comme la mise en location, l’état des lieux ou la gestion des sinistres ;
- la durée d’engagement, le préavis et l’existence d’une indemnité de sortie ;
- la fréquence et la clarté des comptes rendus de gestion ;
- l’expérience de la reprise de dossiers avec un locataire en place.
Côté prix, les honoraires se situent en général entre 5 % et 10 % des loyers encaissés, selon les prestations incluses : comparez les formules en détail grâce à notre article sur le tarif de la gestion locative.
Si vous louez meublé, privilégiez un gestionnaire qui maîtrise les spécificités de ce type de location : bail d’un an ou de neuf mois pour un étudiant, inventaire du mobilier, entretien des équipements.
Enfin, rien ne vous oblige à repasser par une agence. Avec un seul bien proche de chez vous et un locataire stable, reprendre la main peut être plus rentable. Les avantages et les contraintes de cette option sont présentés dans notre article sur la gérance directe.
Les conséquences du changement sur votre comptabilité et votre fiscalité
Pour l’administration fiscale, changer de gestionnaire ne modifie rien à votre situation : vos revenus locatifs restent imposés selon le même régime. En revanche, l’année du changement demande un peu plus de rigueur.
Vous recevrez deux comptes rendus de gestion pour la même année : celui de l’ancienne agence jusqu’à la date de bascule, celui de la nouvelle ensuite. Additionnez-les pour reconstituer le total des loyers encaissés, des honoraires prélevés et des dépenses payées pour votre compte. Vérifiez qu’aucun mois n’est compté deux fois ni oublié, et que le dépôt de garantie n’apparaît pas en recette : c’est une somme que vous devrez rendre.
Si vous êtes au régime réel, les frais de gestion payés aux agences peuvent être déduits de vos revenus locatifs, sous réserve des règles habituelles.
En location meublée au réel, une indemnité versée pour résilier le mandat peut également être déductible si elle est liée à votre activité de location. Pensez à conserver la facture.
En revanche, si vous êtes au micro-BIC (location meublée) ou au micro-foncier (location nue), vous ne pouvez pas déduire ces frais séparément : vos charges sont déjà prises en compte par l’abattement forfaitaire.
Des questions sur la gestion locative ? Notre équipe vous répond dans les commentaires !


