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Donation d’une maison de son vivant avec usufruit : droits et fiscalité

En résumé

  • La donation avec réserve d’usufruit permet de transmettre la nue-propriété d’une maison à ses enfants tout en continuant à l’habiter ou à en percevoir les loyers ;
  • Le démembrement de propriété réduit la base taxable des droits de donation : seule la valeur de la nue-propriété est imposée, calculée selon le barème fiscal lié à l’âge du donateur ;
  • Chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € par enfant tous les 15 ans en franchise de droits ;
  • L’usufruit s’éteint automatiquement au décès du donateur : le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans payer de droits de succession supplémentaires ;
  • Des variantes existent : usufruit successif, usufruit temporaire, quasi-usufruit sur les biens consomptibles, ou donation via une SCI ;
  • L’acte doit obligatoirement être passé devant un notaire, sous peine de nullité.

Transmettre sa maison à ses enfants ou petits-enfants tout en continuant à y vivre ou à en percevoir les loyers : c’est précisément l’objet de la donation de son vivant d’une maison avec usufruit. Ce mécanisme juridique, fondé sur le démembrement de propriété, séduit de plus en plus de propriétaires souhaitant anticiper leur succession. Il permet de transmettre la nue-propriété du bien tout en conservant l’usufruit, c’est-à-dire le droit de l’utiliser ou d’en percevoir les revenus. Fonctionnement, avantages, fiscalité et précautions : découvrez les points essentiels à connaître avant de vous lancer. 

Donation d’une maison de son vivant avec usufruit : droits et fiscalité

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Comment fonctionne la donation d’une maison avec réserve d’usufruit ?

Définition

La pleine propriété d’un bien immobilier repose sur trois attributs :

  1. L’usus (droit d’utiliser le bien) ;
  2. Le fructus (droit d’en percevoir les revenus) ; 
  3. L’abusus (droit d’en disposer, notamment de le vendre).

La donation avec réserve d’usufruit consiste à séparer ces attributs. Le donateur conserve l’usufruit, c’est-à-dire l’usus et le fructus, tandis qu’il transmet la nue-propriété (l’abusus) au donataire, généralement un enfant.

Concrètement, si vous donnez votre maison à votre fils en vous réservant l’usufruit, vous pouvez continuer à y habiter jusqu’à votre décès ou la mettre en location et percevoir les loyers. Votre fils devient nu-propriétaire : il est propriétaire sur le plan juridique mais ne peut ni occuper ni louer le bien tant que vous êtes en vie, sauf accord entre vous.

Ce que peut faire l’usufruitier

L’usufruitier peut occuper le bien à titre de résidence principale ou le mettre en location afin d’en percevoir les loyers. Il prend en charge les dépenses d’entretien courant ainsi que les charges liées à l’usage du bien. En principe, l’usufruitier supporte la taxe foncière, sauf répartition différente prévue entre les parties. Les grosses réparations mentionnées à l’article 606 du Code civil (ici) restent quant à elles, en principe, à la charge du nu-propriétaire, sauf convention contraire ou défaut d’entretien imputable à l’usufruitier. 

L’usufruitier ne peut pas vendre le bien en pleine propriété seul. Toute cession de la pleine propriété nécessite l’accord conjoint de l’usufruitier et du nu-propriétaire. En revanche, chacun peut céder sa quote-part séparément.

L’extinction de l’usufruit et la récupération de la pleine propriété

L’usufruit est par nature viager : il s’éteint automatiquement au décès de l’usufruitier. À ce moment, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété du bien sans avoir à payer de droits de succession supplémentaires, puisque les droits de donation ont déjà été acquittés lors de la transmission de la nue-propriété. C’est l’un des atouts majeurs de ce montage pour préparer sa succession.

Donation simple ou donation-partage : quelle différence ?

Lors d’une donation simple, la valeur du bien sera recalculée au moment du règlement de la succession, ce qui peut engendrer des inégalités entre héritiers si le bien a pris de la valeur entre-temps. En principe, la donation-partage fige la valeur des biens au jour du don. Cela sécurise la succession et évite les conflits futurs entre les héritiers.

La fiscalité de la donation avec réserve d’usufruit

Le barème fiscal de la nue-propriété selon l’âge du donateur

Les droits de donation sont calculés non pas sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la valeur de la nue-propriété, déterminée selon un barème fiscal établi en fonction de l’âge de l’usufruitier au moment de la donation :

Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Exemple : Une maison estimée à 300 000 € est donnée par un parent de 65 ans à son enfant. La nue-propriété représente 60 % de la valeur, soit 180 000 €. Après l’abattement de 100 000 € applicable entre parent et enfant, les droits de donation ne portent que sur 80 000 €.

Les abattements applicables selon le lien de parenté

La loi prévoit des abattements renouvelables tous les 15 ans sur les donations, qui s’appliquent sur la valeur de la nue-propriété transmise :

  • 100 000 € par parent et par enfant ;
  • 80 724 € pour un conjoint marié ou pacsé ;
  • 31 865 € pour un petit-enfant ;
  • 5 310 € pour un arrière-petit-enfant ;
  • 15 932 € pour un frère ou une sœur ;
  • 7 967 € pour un neveu ou une nièce.

Les personnes en situation de handicap bénéficient d’un abattement supplémentaire de 159 325 €, cumulable avec les abattements de droit commun.

Un couple marié peut donner à chacun de leurs enfants jusqu’à 200 000 € en nue-propriété sans payer aucun droit de donation (2 × 100 000 €). En renouvelant tous les 15 ans, il est possible de transmettre un patrimoine important sans fiscalité.

IFI et usufruit : qui déclare le bien ?

En matière d’impôt sur la fortune immobilière (IFI), c’est en principe, l’usufruitier qui intègre la valeur totale du bien dans son assiette taxable, et non le nu-propriétaire. Autrement dit, si vous réalisez une donation avec réserve d’usufruit, vous continuez à déclarer la valeur en pleine propriété du bien à l’IFI tant que vous êtes en vie. Le nu-propriétaire n’a rien à déclarer de son côté pour ce bien. Ce point est essentiel à prendre en compte si vous êtes déjà assujetti à l’IFI ou proche du seuil de déclenchement (1 300 000 € de patrimoine immobilier net).

Les variantes de l’usufruit immobilier : usufruit successif, temporaire et quasi-usufruit

L’usufruit successif pour protéger le conjoint survivant

L’usufruit successif (ou usufruit réversible) est une clause prévue dans l’acte de donation. Elle prévoit que, au décès du premier usufruitier, l’usufruit sera transmis à une seconde personne désignée plutôt que de s’éteindre. Ce dispositif est fréquemment utilisé par les couples pour protéger le conjoint survivant : les parents donnent la nue-propriété à leurs enfants, mais précisent que si l’un d’eux décède, l’usufruit est reversé au conjoint survivant.

L’usufruit successif est considéré comme une nouvelle donation lorsque l’usufruit est transmis au second bénéficiaire. Des droits de donation peuvent donc être dus à ce moment-là. Il est donc important de prévoir les conséquences fiscales de cette clause avec un notaire. 

L’usufruit temporaire : une option pour réduire ses revenus imposables

Contrairement à l’usufruit viager lié à la durée de vie d’une personne, l’usufruit temporaire est limité dans le temps à une durée déterminée (généralement 10 à 15 ans). Le donateur cède temporairement les fruits du bien (loyers) à un proche, par exemple un enfant étudiant, pour lui transférer des revenus tout en sortant ces loyers de sa propre base imposable.

Sur le plan fiscal, l’usufruit temporaire est évalué forfaitairement à 23 % de la valeur du bien en pleine propriété par période de 10 ans (article 669 du CGI). À l’issue de la durée fixée dans l’acte, l’usufruit s’éteint automatiquement et la pleine propriété est reconstituée au profit du nu-propriétaire, sans formalité particulière ni nouvelle taxation liée à cette extinction. 

L’usufruit temporaire est particulièrement scruté par l’administration fiscale lorsqu’il est consenti à des enfants ou à d’autres membres de la famille. Il est indispensable que la donation ait une véritable consistance économique et ne soit pas un simple montage d’optimisation fiscale abusif.

Le quasi-usufruit sur des biens consomptibles ou une somme d’argent

Le quasi-usufruit s’applique lorsque l’usufruit porte sur des biens consomptibles, c’est-à-dire des biens qui se consomment par le premier usage (argent, valeurs mobilières, stocks). L’usufruitier peut alors disposer librement du bien, à charge pour lui de restituer une chose de même quantité, qualité et valeur à l’extinction de l’usufruit. Dans le cadre d’une donation immobilière, ce mécanisme peut apparaître lorsque le bien est vendu pendant la durée de l’usufruit : le prix de vente est partagé, et si l’usufruitier en perçoit sa part, il devient quasi-usufruitier de cette somme, avec obligation de la restituer à terme aux nus-propriétaires.

La vente d’un bien en usufruit et nue-propriété

Lorsqu’un bien est démembré, sa vente doit être décidée d’un commun accord entre l’usufruitier et le nu-propriétaire.

En cas de vente, le prix est en principe partagé entre eux selon la valeur respective de l’usufruit et de la nue-propriété, déterminée par un barème fiscal au moment de la cession.

Toutefois, l’acte de donation peut prévoir que l’usufruitier perçoive l’intégralité du prix de vente et en conserve l’usage. Dans ce cas, cette possibilité doit être clairement encadrée dans l’acte afin de protéger les droits des nus-propriétaires. 

Donation avec usufruit et succession : ce qu’il faut savoir

La réserve héréditaire : une limite à respecter

Une donation réalisée de son vivant, quelle que soit sa forme, ne peut pas réduire la part d’héritage réservée par la loi aux héritiers protégés, comme les enfants ou, en l’absence d’enfants, le conjoint survivant. La quotité disponible, autrement dit, la part que vous pouvez donner librement, est de :

  • ½ de votre patrimoine si vous avez un enfant ; 
  • si vous avez deux enfants ;
  • ¼ si vous avez trois enfants ou plus.

Si les donations consenties dépassent la part librement transmissible (quotité disponible), les héritiers réservataires peuvent en demander la réduction judiciaire après le décès.

La donation avec réserve d’usufruit dans le règlement de la succession

Quand le donateur décède, l’usufruit disparaît automatiquement. La personne qui avait la nue-propriété devient alors pleinement propriétaire du bien, sans payer de droits supplémentaires.

Le bien n’est pas ajouté dans le calcul des droits de succession puisqu’il a déjà été transmis de son vivant.

En revanche, il peut être pris en compte pour vérifier si l’équilibre entre les héritiers est respecté. Dans ce cas, on retient en général la valeur du bien au moment de la donation, ce qui peut être avantageux si le bien a pris de la valeur depuis. 

L’usufruit du conjoint survivant : les droits légaux

En dehors de toute donation, le conjoint survivant bénéficie de droits légaux dans la succession. En présence d’enfants communs, il peut notamment choisir de recevoir l’usufruit de l’ensemble des biens du défunt, ce qui lui permet de continuer à utiliser le logement familial ou d’en percevoir les revenus. Les enfants deviennent alors nus-propriétaires et récupèrent automatiquement la pleine propriété au décès du conjoint survivant. Le conjoint peut être invité par les autres héritiers à exercer cette option dans un certain délai, généralement de trois mois à compter de la demande qui lui est adressée.

Pour aller plus loin dans la protection du conjoint, il est possible de combiner testament, clause de tontine ou donation au dernier vivant avec une donation avec réserve d’usufruit. Votre notaire peut vous guider vers la solution la plus adaptée à votre situation familiale et patrimoniale.

Donation et SCI : optimiser la transmission via une société civile immobilière

L’intérêt de créer une SCI avant la donation

La société civile immobilière (SCI) peut être utilisée pour faciliter la transmission d’un bien immobilier. Le principe est simple : le bien est détenu par la SCI, puis les parents donnent progressivement les parts sociales à leurs enfants tout en conservant l’usufruit.

Ce montage permet notamment de conserver certains droits sur le bien, comme la perception des loyers ou l’usage du logement. Dans certains cas, une décote peut également être appliquée lors de l’évaluation des parts sociales, ce qui peut réduire le montant des droits de donation.

La SCI offre aussi davantage de souplesse pour organiser la transmission du patrimoine familial et conserver la maîtrise de la gestion du bien. 

Quelles obligations pour une SCI ? 

La création d’une SCI implique certaines obligations administratives et comptables. Une SCI soumise à l’impôt sur le revenu (IR) doit notamment réaliser une déclaration annuelle et conserver les documents liés à sa gestion.

Si la SCI est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), les obligations comptables sont plus importantes avec l’établissement d’un bilan, d’un compte de résultat et d’une liasse fiscale. 

Les précautions à prendre avec une SCI et une donation

Une donation avec réserve d’usufruit via une SCI doit être préparée avec attention. Les statuts doivent notamment définir les droits de l’usufruitier et du nu-propriétaire afin d’éviter les conflits entre associés.

Pour sécuriser l’opération et adapter le montage à votre situation familiale et patrimoniale, nous vous recommandons vivement de vous faire accompagner d’un notaire ou d’un professionnel du droit.

Comment procéder : formalités et coûts de la donation

L’obligation de passer devant un notaire

La donation d’un bien immobilier, avec ou sans réserve d’usufruit, doit impérativement être réalisée par acte authentique devant notaire, sous peine de nullité absolue (article 931 du Code civil). Le notaire rédige l’acte, vérifie la capacité des parties, s’assure du respect de la réserve héréditaire et procède à la publication de l’acte au service de publicité foncière.

Les frais de notaire et droits de donation

Les frais de notaire sont calculés sur la valeur en pleine propriété du bien et comprennent plusieurs éléments :

  • les émoluments du notaire ;
  • les taxes et droits de mutation ;
  • les frais de formalités et de publicité foncière.

Dans le cadre d’une donation avec réserve d’usufruit, la base taxable pour les droits de donation, elle, est limitée à la valeur de la nue-propriété. 

Les documents nécessaires pour la donation

Pour préparer l’acte de donation, le notaire vous demandera notamment : le titre de propriété du bien, les documents d’identité des parties, les diagnostics techniques obligatoires (DPE, amiante, plomb, etc.), un état hypothécaire récent, et si le bien est en SCI, les statuts à jour et les derniers comptes de la société.

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par Julie Pay Vargas

Julie est rédactrice de contenu chez Indy. Spécialiste des entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés, elle partage toutes ses connaissances afin de rendre la comptabilité accessible à tous !

Questions fréquentes

Peut-on annuler une donation de son vivant avec usufruit ?

Une donation est en principe définitive et ne peut pas être annulée. Elle ne peut être remise en cause que dans certains cas précis : si le bénéficiaire ne respecte pas les conditions prévues, en cas de comportement grave envers le donateur, ou si un enfant naît après la donation et qu’une clause le prévoit.

Quelle est la différence entre usufruit et droit d'usage et d'habitation ?

L'usufruit permet de jouir du bien et d'en percevoir les fruits (loyers). Le droit d'usage et d'habitation (DAH) est plus restreint : il permet uniquement d'occuper personnellement le bien avec sa famille, sans possibilité de le louer à des tiers. Sa valeur fiscale est fixée à 60 % de la valeur de l'usufruit.

La donation avec usufruit est-elle possible pour un bien loué ?

Oui. Si le bien est déjà loué au moment de la donation, le bail en cours se poursuit normalement. L'usufruitier continue à percevoir les loyers, et le locataire n'a aucune démarche particulière à effectuer. La donation ne rompt pas les baux en cours.

Peut-on faire une donation avec usufruit à une personne extérieure à la famille ?

Oui, il est juridiquement possible de donner à n'importe quelle personne physique ou morale. En revanche, en dehors des proches, la fiscalité est beaucoup moins avantageuse : les abattements sont faibles et les droits de donation peuvent atteindre jusqu’à 60 % lorsqu’il n’existe aucun lien de parenté. Cette solution est donc rarement intéressante sur le plan fiscal.

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