Placement de trésorerie d’entreprise : quelles solutions choisir ?

En résumé

  • Placez uniquement les sommes dont l’entreprise peut se passer pendant la durée prévue (court, moyen et long terme) ;
  • Pour des placements de quelques mois, comparez d’abord compte à terme et fonds monétaires, les titres de créance exigent quant à eux davantage d’analyse ;
  • Pour un excédent durable, comparez les contrats de capitalisation, les SCPI et les produits structurés, ainsi que leurs frais et leurs risques ;
  • Comparez le rendement après frais et impôts : la fiscalité dépend du régime de l’entreprise et du produit choisi.

Votre compte professionnel affiche plus que ce dont l’entreprise a besoin pour ses prochaines échéances ? Plutôt que de laisser dormir cet excédent, vous pouvez le faire fructifier. Compte à terme, fonds monétaire, contrat de capitalisation, SCPI et plus encore : les solutions de placement de trésorerie d’entreprise ne manquent pas. Pour faire le bon choix, trois questions suffisent : quand aurez-vous besoin de cet argent ? Quel risque êtes-vous prêt à prendre ? Et surtout, que vous rapportera réellement le placement, une fois les frais et les impôts déduits ?

Voici comment comparer les options, selon la situation et les projets de votre entreprise.

Placement de trésorerie d’entreprise : quelles solutions choisir ?

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Pourquoi et comment placer la trésorerie de son entreprise ?

Placer sa trésorerie fait partie d’une démarche plus large d’optimisation fiscale et financière. Avant de choisir un produit, il faut savoir combien placer, et pour combien de temps.

Excédent de trésorerie : pourquoi ne pas laisser dormir son cash ?

La première chose à savoir est qu’un compte courant professionnel ne rapporte généralement rien : avec l’inflation, l’argent qui y dort perd donc du pouvoir d’achat chaque année.

Placer une partie de ce cash permet plusieurs choses :

  • Générer des produits financiers qui améliorent le résultat de l’entreprise ;
  • Préparer un investissement futur (matériel, recrutement, locaux) ;
  • Constituer un matelas de sécurité pour absorber un coup dur.

💡 À noter : le Livret A et le LDDS ne sont pas accessibles aux sociétés commerciales.

Attention : toute la trésorerie n’est pas excédentaire. Avant de placer quoi que ce soit, isolez :

  • Le besoin en fonds de roulement (décalage entre paiement des fournisseurs et encaissement des clients) ;
  • Vos échéances à venir : TVA, acomptes d’IS, cotisations sociales (si une provision URSSAF figure dans la comptabilité, intégrez aussi le paiement éventuel au prévisionnel) ;
  • Une réserve de sécurité, souvent estimée entre trois et six mois de charges fixes.

Pour faire simple : seul le solde restant peut être placé avec un très faible niveau de risque pour l’exploitation.

Exemple : votre société possède 50 000 € en banque. Elle prévoit 24 000 € de dépenses et conserve 10 000 € comme filet de sécurité. Vous pouvez étudier le placement des 16 000 € restants, sous réserve des encaissements attendus et de leur fiabilité. Réactualisez ensuite ce calcul tous les mois.

Les critères pour choisir un placement : durée, risque, liquidité et rendement

Quatre critères guident le choix d’un placement de trésorerie d’entreprise :

  1. La durée : combien de temps pouvez-vous vous passer de cet argent ?
  2. Le risque : le capital est-il garanti ou peut-il baisser ?
  3. La liquidité : pouvez-vous récupérer les fonds rapidement, et à quel coût ?
  4. Le rendement : combien rapporte le placement, après frais et impôt ?

💡 Ces critères s’opposent souvent : un placement très liquide et avec un niveau de risque faible rapporte peu alors qu’un placement plus rémunérateur impose en général d’accepter une durée plus longue ou un risque de perte en capital.

Quels placements pour la trésorerie d’une entreprise ?

Les placements à court terme : compte à terme, fonds monétaires et titres négociables à court terme

Le compte à terme (CAT)

Le compte à terme (CAT) fonctionne comme un dépôt rémunéré. Votre entreprise confie une somme à sa banque pour une durée choisie, par exemple six mois ou un an. Elle connaît le taux prévu dès le départ et récupère son argent à l’échéance. Si elle en a besoin plus tôt, le retrait peut réduire les intérêts perçus ; vérifiez donc bien ce point avant de souscrire.

💡 Répartir une somme importante entre plusieurs banques peut aussi répondre à un objectif de garantie des dépôts, qui couvre jusqu’à 100 000 € par déposant et par établissement.

Les fonds monétaires

Le fonds monétaire est un organisme de placement collectif (OPC). Il rassemble l’argent de plusieurs investisseurs pour acheter des titres de dette à courte durée.

En pratique, votre entreprise achète une part de ce portefeuille plutôt que de choisir chaque titre elle-même. Elle peut généralement revendre ses parts assez rapidement. Leur valeur et le rendement évoluent toutefois avec le marché : le capital n’est pas garanti.

Les titres négociables à court terme (NEU CP)

Les titres négociables à court terme (anciennement certificats de dépôt bancaires) permettent à votre entreprise de prêter directement de l’argent à une banque ou à une autre organisation pour une durée définie qui ne peut pas dépasser un an. À l’échéance, l’emprunteur rembourse le titre selon les conditions prévues.

Deux points de vigilance avant de souscrire :

  1. S’assurer de la solidité financière de l’émetteur car votre rendement dépend de sa capacité à honorer ses engagements ;
  2. Prendre en compte que la revente du titre avant son terme n’est pas toujours simple.

Avec une valeur nominale minimale de 150 000 €, ces titres s’adressent surtout aux entreprises qui disposent d’une trésorerie importante.

Les placements à moyen et long terme : contrat de capitalisation, SCPI et produits structurés

Le contrat de capitalisation

Le contrat de capitalisation fonctionne un peu comme une assurance vie mais peut être souscrit par une personne morale. Cet outil combine :

  • Un fonds en euros investi sur les marchés financiers (capital garanti) ;
  • Des unités de compte (plus dynamiques mais risquées).

Le rendement dépend des supports choisis et des frais ; certains supports exposent d’ailleurs le capital à une perte. Pour une société soumise à l’IS, vérifiez également les règles fiscales propres à ce contrat.

Les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier)

La SCPI permet d’investir dans l’immobilier sans acheter ni gérer directement un immeuble. Autrement dit, l’entreprise acquiert des parts d’une société qui détient un parc immobilier (immeubles, bureaux, commerces…) et peut recevoir une part des loyers encaissés. Ces revenus varient, tout comme la valeur des parts. Leur revente peut également prendre du temps : ce placement convient à de l’argent dont l’entreprise peut se passer plusieurs années.

Les produits structurés

Le produit structuré offre un gain selon l’évolution d’un indice boursier ou d’un autre actif. Les conditions sont fixées dès le départ : par exemple, l’entreprise reçoit un gain si l’indice reste au-dessus d’un certain seuil à l’échéance. Ce gain peut être plafonné et, si le marché évolue défavorablement, l’entreprise peut perdre une partie de sa mise.

💡 Vérifiez aussi ce que vous pourriez récupérer en vendant le produit avant l’échéance : la protection éventuelle du capital peut alors cesser de s’appliquer.

Quelle solution choisir selon le montant et l’horizon de placement ?

Le bon placement dépend avant tout de la date à laquelle vous aurez besoin des fonds. Voici quelques repères :

  • Moins de 6 mois : compte sur livret professionnel, fonds monétaires ou compte à terme court ;
  • De 6 mois à 2 ans : compte à terme (éventuellement à taux progressif) ;
  • De 2 à 8 ans : contrat de capitalisation, voire produits structurés pour une petite part de la trésorerie ;
  • Au-delà de 8 ans : SCPI, en complément et sur une part limitée de la trésorerie.

Le montant compte aussi :

  • Avec quelques dizaines de milliers d’euros, le compte à terme et le contrat de capitalisation suffisent largement ;
  • Au-delà de plusieurs centaines de milliers d’euros, une allocation répartie entre plusieurs supports limite les risques.

Exemple : une SARL dispose de 120 000 € sur son compte. Ses charges fixes s’élèvent à 15 000 € par mois et elle doit régler 20 000 € de TVA et d’IS dans les prochaines semaines. Elle conserve :

  • 20 000 € pour ces échéances ;
  • 45 000 € de réserve (trois mois de charges).

Il reste 55 000 € à placer : par exemple 25 000 € sur un compte à terme d’un an et 30 000 € sur un contrat de capitalisation, en vue d’un investissement prévu dans quatre ans.

Comment choisir le meilleur placement de trésorerie pour son entreprise ?

Comparatif des placements : sécurité, liquidité, rendement et fiscalité

PlacementSécurité du capitalLiquiditéRendement potentielImposition (société à l’IS)
Compte sur livret proGarantiImmédiateFaibleIntérêts imposés à l’IS
Compte à termeGarantiBloqué (sortie pénalisée)Faible à modéréIntérêts imposés à l’IS
Fonds monétairesNon garanti, risque faible1 à 2 joursFaible à modéréÉcart de valeur imposé chaque année
Contrat de capitalisationGaranti sur le fonds en eurosRachat possibleModéréProduits imposés chaque année
SCPINon garantiFaibleModéré à élevéRevenus imposés à l’IS
Produits structurésVariableFaible avant l’échéanceVariableGains imposés à l’IS

⚠️ La fiscalité mérite une attention particulière : pour une société à l’IS, les gains financiers entrent dans le résultat imposable, taxé à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles, puis à 25 %.

Aussi, certains placements sont même imposés avant tout retrait. Les fonds monétaires et, plus largement, les parts d’OPC sont évalués chaque année, et leur plus-value latente est intégrée au résultat imposable. Les contrats de capitalisation sont eux aussi taxés chaque année, sur une base forfaitaire, en application de l’article 238 septies E du CGI.

Comment optimiser le rendement net de sa trésorerie ?

Quelques bonnes pratiques permettent d’améliorer le rendement réel de vos placements.

Échelonnez vos placements

En bloquant toute votre trésorerie sur une seule échéance, vous prenez le risque de manquer de liquidités au mauvais moment. Il est donc préférable de la répartir sur plusieurs comptes à terme de durées différentes. Cela signifie qu’une partie de vos fonds redevient disponible à intervalles réguliers, et vous pouvez la replacer selon vos besoins du moment.

Exemple : vous placez 30 000 € sur trois comptes à terme de 10 000 €, qui arrivent à échéance dans trois, six et neuf mois. Tous les trois mois, vous récupérez 10 000 €. Selon les besoins de l’entreprise, vous pouvez utiliser cette somme ou la placer à nouveau.

Comparez les frais

Les frais peuvent réduire une bonne partie du rendement. Avant de souscrire, vérifiez :

  • Les frais d’entrée ;
  • Les frais de gestion ;
  • Les éventuelles pénalités de retrait anticipé.

Comparez ensuite ce que chaque placement vous rapporterait après frais, sur une même durée et pour un niveau de risque comparable.

Tenez compte de votre situation fiscale

Les revenus issus d’un placement entrent dans le résultat fiscal de la société. Si celle-ci dispose d’un déficit reportable à l’IS, elle peut l’imputer sur son bénéfice de l’exercice. Cette imputation peut réduire, voire annuler, l’impôt dû.

En contrepartie, le stock de déficit reportable diminue d’autant : vous consommez un avantage fiscal plutôt que de le conserver pour les exercices suivants.

Arbitrez entre trésorerie et rémunération du dirigeant

Devez-vous laisser le cash dans la société ou le distribuer ? La réponse varie d’une structure à l’autre, et les deux options n’ont pas les mêmes conséquences fiscales et sociales.

Les leviers d’optimisation fiscale en SASU et d’optimisation fiscale en SARL dépendent notamment du statut social du dirigeant et de la manière dont il se rémunère.

Anticipez une éventuelle cession

Au moment de vendre votre entreprise, une trésorerie abondante peut jouer contre vous. Si elle dépasse largement les besoins de l’activité, l’administration peut la considérer comme un actif non professionnel, ce qui risque de remettre en cause certains régimes de faveur.

Dans une stratégie d’optimisation fiscale de cession d’entreprise, il est préférable de s’y prendre tôt : documentez l’usage prévu de ces fonds (investissement, réserve de sécurité, projet de développement), ou réduisez l’excédent avant l’opération.

Sécurisez les situations incertaines

La fiscalité d’un placement dépend du support choisi, du régime d’imposition de l’entreprise et des conditions de retrait. Pour un contrat complexe ou une somme importante, faites vérifier son traitement comptable et fiscal avant de souscrire.

En cas de doute sur le traitement fiscal d’un placement, un rescrit fiscal permet d’obtenir une position formelle de l’administration, qui lui sera opposable.

Des questions sur le placement de la trésorerie d’entreprise ? Laissez-nous un commentaire, l’équipe d’Indy sera ravie de vous aider 🙂

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par Clémentine Pougnet

Rédactrice pour Indy, la comptabilité des indépendants tout simplement. Freelance depuis plusieurs années, Clémentine connait bien les galères des indépendants et partage dans ses articles des conseils précieux pour se simplifier la vie.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un placement de trésorerie d'entreprise ?

C'est le fait d'investir les fonds dont l'entreprise n'a pas besoin à court terme pour les faire fructifier, sans compromettre son fonctionnement quotidien.

Quel est le placement de trésorerie le plus sûr pour une entreprise ?

Le compte à terme et le compte sur livret professionnel garantissent le capital. Le fonds en euros d'un contrat de capitalisation offre aussi une garantie, apportée par l'assureur.

Une entreprise peut-elle ouvrir un Livret A ?

Non, les sociétés commerciales n'y ont pas accès. Elles peuvent en revanche souscrire un compte sur livret professionnel proposé par leur banque.

Comment sont imposés les placements de trésorerie d'une société ?

Les gains sont intégrés au résultat imposable à l'IS. Pour la plupart des fonds (dont les fonds monétaires) et pour les contrats de capitalisation, ils sont imposés chaque année, même sans retrait.

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