Comment devenir architecte d’intérieur ? Statuts, étapes et formation

En résumé

  • L’architecte d’intérieur est une profession non réglementée : aucun diplôme n’est légalement obligatoire pour exercer ;
  • En reconversion, la formation continue, le CPF et la VAE permettent d’acquérir ou de faire reconnaître les compétences attendues par les clients ;
  • Plusieurs statuts sont possibles : micro-entreprise, EI au réel, SASU ou EURL. Les indépendants relèvent notamment de la CIPAV pour la retraite ;
  • La garantie décennale devient obligatoire dès que la mission touche à l’ouvrage.

Vous rêvez de transformer des espaces et de travailler à votre compte ? L’architecture d’intérieur fait partie des métiers créatifs les plus accessibles en reconversion et des idées de création d’entreprise qui ont le plus bondi ces dernières années. Pas besoin de refaire cinq ans d’études : le métier n’est pas réglementé. En revanche, s’installer demande de la méthode. Statut, assurances, honoraires, premiers clients : chaque étape compte.

Comment devenir architecte d’intérieur ? Statuts, étapes et formation

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Qu’est-ce qu’un architecte d’intérieur ?

Un architecte d’intérieur est un professionnel qui conçoit et transforme l’intérieur d’un espace pour le rendre à la fois esthétique, pratique et adapté aux besoins des personnes qui l’utilisent. Par exemple, pour une maison, un appartement, un restaurant ou un bureau, il peut repenser la disposition des pièces, choisir les matériaux, les couleurs et l’éclairage, concevoir des rangements ou du mobilier sur mesure, et parfois suivre les travaux avec les artisans.

Son objectif est de rendre un lieu à la fois fonctionnel, confortable et esthétique, dans le budget du client.

Les missions d’un architecte d’intérieur

Un projet suit presque toujours le même fil, du premier rendez-vous à la livraison du chantier :

  • Écouter le client, recueillir ses besoins et cadrer son budget ;
  • Faire les relevés et prendre les cotes sur place ;
  • Dessiner les plans, les coupes et les vues 3D sur AutoCAD, SketchUp ou Revit ;
  • Choisir les matériaux, les revêtements et l’éclairage ;
  • Consulter les artisans et comparer leurs devis ;
  • Suivre le chantier et contrôler la qualité jusqu’à la réception des travaux.

La part de chaque mission varie selon votre façon d’exercer. En agence, vous pouvez vous concentrer sur la conception. En indépendant, vous gérez tout, y compris la prospection et la relation avec les artisans.

Architecte d’intérieur, architecte, décorateur : quelles différences ?

Ces trois métiers travaillent autour de l’aménagement des espaces, mais leur rôle et leur champ d’intervention ne sont pas les mêmes.

  • L’architecte conçoit principalement les bâtiments et peut intervenir sur leur structure, leur extension ou leur construction. Il travaille sur l’ensemble du projet, de la conception au suivi des travaux ;
  • L’architecte d’intérieur repense les espaces intérieurs existants. Il peut modifier les volumes, les cloisons, la circulation, l’éclairage ou encore les matériaux pour adapter un lieu aux besoins du client ;
  • Le décorateur d’intérieur se concentre davantage sur l’ambiance et l’esthétique : couleurs, mobilier, textiles, objets décoratifs et éclairage.

Comment s’installer comme architecte d’intérieur indépendant ? Les étapes

Étape 1 : choisir son statut juridique

L’architecte d’intérieur exerce une activité libérale. Ses revenus relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC).

Bon à savoir : c’est l’une des rares professions libérales non réglementées encore rattachées à la CIPAV pour la retraite et la prévoyance, les cotisations sont collectées par l’Urssaf qui les reverse.

Si vous êtes seule, quatre options s’offrent à vous pour choisir votre statut juridique. Chacune a ses avantages selon votre chiffre d’affaires attendu, vos frais et vos projets.

Statut juridiquePlafond de chiffres d’affaireCotisations socialesImpositionPour qui ?
Micro-entreprise83 600 €23,20 % du CA encaisséIR après abattement de 34 % ou versement libératoireDémarrage, reconversion, activité à tester
EI au réelAucunSur le bénéfice réelIR sur le bénéfice ou IS sur optionFrais importants : logiciels, véhicule, local
SASUAucunAssimilé salarié, cotisations sur sa rémunérationIS par défaut, dividendes possiblesProjet d’agence, associés à venir
EURLAucunGérant TNS, cotisations sur sa rémunérationIR par défaut, ou IS sur optionActivité établie, volonté de structurer

La micro-entreprise

Pour débuter, la micro-entreprise offre un cadre assez simple. Vos cotisations sont calculées sur ce que vous encaissez : si vous ne réalisez aucun chiffre d’affaires, vous ne payez pas de cotisations sociales. Côté comptabilité, les obligations restent légères, avec notamment la tenue d’un livre des recettes.

Ce régime reste accessible tant que vos recettes ne dépassent pas 83 600 € par an. Vous pouvez également bénéficier de la franchise en base de TVA jusqu’à 37 500 € de chiffre d’affaires : dans ce cas, vous facturez vos prestations sans TVA.

À noter : même en franchise de base de TVA, vous restez assujetti ; c’est-à-dire que dès que vous dépassez ce seuil, vous êtes redevable de la TVA. C’est d’ailleurs cette subtilité qui vous fait entrer dans le cadre de la réforme de la facturation électronique même si vous ne facturez pas la TVA.

En revanche, la micro-entreprise ne permet pas de déduire vos dépenses professionnelles réelles. Pour calculer votre impôt, l’administration applique directement un abattement forfaitaire de 34 % sur vos recettes. Si vous avez beaucoup de frais liés à votre activité, ce fonctionnement peut donc devenir moins intéressant.

L’entreprise individuelle au réel

Si vos dépenses commencent à prendre une place importante dans votre activité, l’entreprise individuelle (EI) au réel peut être plus adaptée. Vous pouvez alors déduire vos frais professionnels de votre chiffre d’affaires : licences AutoCAD ou Revit, matériel informatique, déplacements en voiture pour les visites de chantier, location d’un local, etc.

L’impôt et les cotisations sociales sont ensuite calculés sur votre bénéfice réel, c’est-à-dire ce qu’il reste une fois vos charges déduites. En contrepartie, la gestion est un peu plus lourde qu’en micro-entreprise, avec notamment une comptabilité plus complète et une déclaration de résultats annuelle.

Bon à savoir : depuis 2022, votre patrimoine personnel est protégé par défaut : seuls vos biens professionnels répondent des dettes de l’entreprise.

La SASU et l’EURL

Si vous souhaitez créer une société plutôt que d’exercer en nom propre, deux options reviennent souvent : l’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) et la SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle). Dans les deux cas, vous êtes seul aux commandes, mais vous créez une véritable société. Il faut donc rédiger des statuts, déposer un capital et publier une annonce légale.

La principale différence concerne ensuite le statut social du dirigeant :

  • En EURL, le gérant relève du régime des travailleurs non salariés (TNS). Les cotisations sont généralement moins élevées, mais la protection sociale est moins étendue ;
  • En SASU, le président est assimilé salarié : les cotisations sont plus importantes, mais aucune cotisation sociale n’est due en l’absence de rémunération.

Ces deux formes peuvent être intéressantes si votre activité est déjà bien installée, notamment si vous prévoyez de recruter, de développer votre activité ou de vous associer par la suite.

Étape 2 : immatriculer son entreprise

Depuis le 1er janvier 2023, toutes les créations d’entreprise passent par le guichet unique des formalités, opéré par l’INPI. C’est vrai pour une micro-entreprise comme pour une société. La démarche se fait entièrement en ligne :

  1. Créez votre compte sur le guichet unique, avec FranceConnect ou une adresse e-mail ;
  2. Choisissez votre forme juridique et remplissez le formulaire de création ;
  3. Décrivez votre activité : architecte d’intérieur, activité libérale ;
  4. Indiquez l’adresse de votre entreprise, qui peut être votre domicile ;
  5. Choisissez votre régime fiscal et, en micro-entreprise, l’option éventuelle pour le versement libératoire ;
  6. Téléchargez les pièces justificatives, dont votre pièce d’identité ;
  7. Signez électroniquement et validez votre dossier.

Le guichet unique transmet ensuite votre dossier aux organismes concernés : Insee, Urssaf, services des impôts.

Vous recevez votre numéro SIREN et votre SIRET, et votre entreprise est inscrite au Registre national des entreprises (RNE). En entreprise individuelle libérale, la formalité est gratuite.

Pour une EURL ou une SASU, trois autres démarches s’ajoutent avant l’immatriculation :

  • Rédiger les statuts ;
  • Déposer le capital social sur un compte bancaire professionnel ;
  • Publier une annonce légale.

Les frais d’immatriculation au greffe et l’annonce légale sont payants, comptez entre 200 € et 300 € de frais légaux.

À noter : en société, un compte professionnel est indispensable dès le dépôt du capital. En micro-entreprise, un compte dédié à votre activité devient obligatoire si votre chiffre d’affaires dépasse 10 000 € pendant deux années civiles consécutives.

Étape 3 : Assurer votre activité

La responsabilité décennale concerne les professionnels dont les travaux ou missions peuvent engager leur responsabilité au titre de l’article 1792 du Code civil. Dans ce cas, une assurance décennale doit être souscrite avant l’ouverture du chantier.

Pour un architecte d’intérieur, la distinction se fait donc surtout selon la nature de la mission :

  • Vous intervenez sur des éléments qui touchent au bâti ou à la structure, par exemple en modifiant un mur porteur, ou vous assurez une mission de maîtrise d’œuvre avec suivi des travaux : votre responsabilité décennale peut être engagée et l’assurance devient alors obligatoire ;
  • Vous intervenez uniquement sur la décoration et l’aménagement intérieur : la décennale n’est en principe pas obligatoire. Une responsabilité civile professionnelle reste toutefois vivement recommandée.

Le plus important est donc de décrire précisément vos missions à votre assureur. Il pourra déterminer les garanties nécessaires et vérifier que votre contrat couvre bien les travaux que vous réalisez.

Étape 4 : Fixer vos honoraires

Il n’existe pas de barème officiel pour les honoraires des architectes d’intérieur mais vous pouvez utiliser un des modes de calculs généralement utilisés :

  • Le pourcentage du montant des travaux, souvent situé entre 5 % et 15 %, adapté aux projets avec suivi de chantier ;
  • Le forfait, fixé à l’avance pour une mission bien définie (plans, conseil, dossier de consultation) ;
  • La vacation, à l’heure ou à la journée, pour du conseil ponctuel ou un coaching déco.

Exemple
Si vous rénovez un appartement dont le budget travaux atteint 40 000 €, vous pouvez facturer 10 % du montant des travaux pour la conception et le suivi de chantier, soit 4 000 € d’honoraires.

Précisez toujours le mode de calcul, les phases incluses et le nombre de visites de chantier dans votre devis. C’est votre meilleure protection en cas de désaccord avec vos clients.

Étape 5 : Trouver vos premiers clients

Votre portfolio est votre premier outil commercial. Même sans client, vous pouvez commencer à le construire : projets de formation, rénovation de votre propre logement, aménagements réalisés pour vos proches. Montrez les plans, les vues 3D et, surtout, les photos avant/après.

Pour vous faire connaître, misez ensuite sur plusieurs canaux :

  • Un site vitrine avec votre portfolio et vos zones d’intervention ;
  • Instagram et Pinterest, très utilisés dans la décoration ;
  • Les artisans, agents immobiliers et cuisinistes de votre secteur, qui peuvent vous recommander ;
  • Les plateformes de mise en relation avec des particuliers.

Peut-on devenir architecte d’intérieur sans diplôme ou en reconversion ?

Contrairement à celui d’architecte, le titre d’architecte d’intérieur n’est pas protégé par la loi. Vous pouvez donc exercer sans diplôme et sans inscription à un ordre professionnel. Mais dans les faits, vos clients et vos assureurs attendent des compétences solides, techniques autant que créatives. Une formation reste donc la voie la plus sûre, surtout en reconversion.

Avant de démarcher vos premiers clients, assurez-vous de maîtriser :

  • Le dessin technique et les logiciels de conception (AutoCAD, SketchUp, Revit) ;
  • Les normes de construction, de sécurité et d’accessibilité ;
  • La connaissance des matériaux et de leur mise en œuvre ;
  • La gestion de budget et le suivi de chantier ;
  • La relation client et la négociation avec les artisans.

Quelle formation suivre quand on est déjà en activité ?

Certaines formations certifiantes peuvent être financées via le CPF si elles sont enregistrées au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles) ou au Répertoire spécifique. Les salariés peuvent aussi, sous conditions, mobiliser le projet de transition professionnelle, tandis que les demandeurs d’emploi peuvent se renseigner auprès de France Travail.

Si vous avez déjà de l’expérience dans l’aménagement ou le bâtiment, la VAE (validation des acquis par l’expérience) peut vous permettre d’obtenir tout ou partie d’une certification en valorisant votre expérience. Elle peut notamment concerner les agenceurs, cuisinistes, dessinateurs ou conducteurs de travaux.

Si vous préférez une formation diplômante, plusieurs parcours existent, du bac +2 au bac +5. Selon l’APEC, quinze formations sont reconnues par le Conseil français des architectes d’intérieur (CFAI). L’UNAID, l’Union nationale des architectes d’intérieur designers, propose également un label pour certaines écoles.

Bon à savoir : le titre d’architecte d’intérieur CFAI n’est pas obligatoire pour exercer, mais il constitue un repère de qualification reconnu par la profession.

Combien gagne un architecte d’intérieur ?

En indépendant, votre revenu dépend de votre chiffre d’affaires, diminué de vos cotisations sociales et de vos frais. En micro-entreprise, les cotisations représentent 23,20 % de votre chiffre d’affaires. Pour l’impôt sur le revenu, un abattement forfaitaire de 34 % est appliqué pour tenir compte de vos frais.

Plusieurs facteurs font varier vos revenus :

  • Votre clientèle : les projets tertiaires (bureaux, boutiques, restaurants) portent souvent sur des budgets plus élevés que les rénovations de particuliers ;
  • Vos missions : une mission complète avec suivi de chantier rapporte davantage qu’un simple dossier de plans ;
  • Votre zone géographique : les honoraires pratiqués dans les grandes métropoles dépassent généralement ceux des villes moyennes ;
  • Votre spécialisation : cuisine et salle de bains, rénovation énergétique ou aménagement de locaux professionnels permettent de se positionner sur un créneau précis.

Les premières années sont souvent irrégulières, le temps de constituer un réseau et un portfolio. Prévoyez une trésorerie de sécurité ou une activité complémentaire au démarrage.

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Questions fréquentes

Comment devenir architecte d’intérieur en reconversion ?

Suivez une formation certifiante à distance ou en formation continue, financée par le CPF ou un projet de transition professionnelle. Si vous avez déjà de l'expérience dans l'aménagement, la VAE peut vous faire obtenir une certification plus rapidement.

Peut-on devenir architecte d’intérieur sans diplôme ?

Oui, la profession n'est pas réglementée et le titre d'architecte d'intérieur n'est pas protégé. Vous devez toutefois maîtriser les compétences techniques du métier et souscrire les bonnes assurances, notamment la décennale si vos missions touchent à l'ouvrage.

Combien est payé un architecte d’intérieur ?

Selon l'APEC, un architecte d'intérieur salarié perçoit en moyenne 38 000 € brut par an. La plupart des offres se situent entre 29 000 € et 48 000 €. En indépendant, les revenus dépendent du nombre de projets et du mode de calcul des honoraires.

Est-il difficile de devenir architecte d'intérieur ?

L'accès au métier est ouvert, mais la réussite demande du travail. Il faut maîtriser des compétences techniques (plans, normes, matériaux), construire un portfolio et se faire une place face à une concurrence importante, surtout dans les grandes villes.

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