- Le pacte Dutreil permet d’exonérer 75 % de la valeur des titres transmis des droits de mutation lors d’une donation ou d’une succession d’entreprise familiale, sans plafond de valeur ;
- Pour en bénéficier, trois conditions s’imposent : un engagement collectif de conservation de 2 ans minimum, un engagement individuel de 6 ans par chaque bénéficiaire, et l’exercice d’une fonction de direction pendant 3 ans après la transmission.
- L’exonération est cumulable avec l’abattement légal de 100 000 € par enfant et la réduction de 50 % pour donation en pleine propriété avant 70 ans ;
- La mise en place du pacte Dutreil requiert un notaire pour l’acte de donation et un conseiller fiscal pour structurer la transmission. Des obligations déclaratives strictes courent sur toute la durée de l’engagement.
Vous souhaitez prendre votre retraite et transmettre votre entreprise ou votre holding à vos proches sans leur imposer une lourde charge fiscale ? Le pacte Dutreil est précisément le dispositif fiscal conçu pour alléger le coût d’une telle transmission. Mais quelles entreprises sont éligibles ? Quelles conditions faut-il concrètement remplir pour en bénéficier ? Et quel est l’avantage fiscal réel du pacte Dutreil ? Vous découvrirez toutes les réponses dans cet article.

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C’est quoi exactement le pacte Dutreil ?
Un dispositif fiscal pour la transmission d’entreprise
Le pacte Dutreil est un régime fiscal pensé pour faciliter la transmission d’entreprise en famille. Prévu par les articles 787 B et 787 C du Code général des impôts, il est né de la loi du 2 août 2003, portée par le ministre Renaud Dutreil. Son principe : exonérer 75 % de la valeur des titres transmis des droits de mutation lors d’une donation ou d’une succession.
Résultat : une charge fiscale considérablement allégée. Toutefois, la loi de finances 2026 en a durci les conditions.
Les entreprises et sociétés éligibles
Le pacte Dutreil n’est pas ouvert à toutes les structures. Pour en bénéficier, l’entreprise transmise doit exercer l’une des activités suivantes :
- Industrielle, commerciale ou artisanale ;
- Agricole ;
- Libérale, réglementée ou non.
À l’inverse, les Sociétés Civiles Immobilières (SCI), les activités de location meublée non professionnelle (LMNP) et les structures de gestion de patrimoine pur sont exclues du dispositif. Le statut juridique de votre société ne suffit pas : c’est avant tout la nature de l’activité exercée qui prime.
La différence entre transmission à titre gratuit et vente
Le pacte Dutreil s’applique exclusivement aux transmissions à titre gratuit : la donation entre vifs ou la succession. Dans ces deux cas, les titres sont transmis sans contrepartie financière.
En revanche, la vente de parts sociales ou de fonds de commerce est une transmission à titre onéreux : elle ne bénéficie pas du dispositif et génère une plus-value imposable. Certains dirigeants préfèrent dans ce cas utiliser l’apport-cession, une technique distincte qui répond à d’autres objectifs patrimoniaux.
Bon à savoir : le pacte Dutreil n’est pas cumulable avec un régime de cession à titre onéreux. Les deux mécanismes sont exclusifs l’un de l’autre.
Quelles sont les conditions pour en bénéficier ?
L’engagement collectif de conservation des titres
La première condition pour bénéficier du pacte Dutreil est l’engagement collectif de conservation des titres. Il s’agit d’un accord signé entre associés, ou par le donateur seul, par lequel les signataires s’engagent à conserver leurs titres pendant au moins 2 ans. Si les titres sont détenus depuis plus de 2 ans sans interruption, cet engagement est dit acquis : aucun acte n’est nécessaire.
Bon à savoir : pour une entreprise individuelle, les règles diffèrent. Pas d’engagement collectif : le donateur doit simplement détenir l’entreprise depuis plus de 2 ans, et chaque bénéficiaire s’engage à conserver les biens affectés à l’exploitation pendant 6 ans.
L’engagement individuel pris par chaque donataire
Une fois l’engagement collectif expiré, chaque donataire, héritier ou légataire doit souscrire un engagement individuel de conservation des titres reçus. C’est la deuxième condition du pacte Dutreil. Sa durée a été portée à 6 ans par la loi de finances 2026, contre 2 ans auparavant. Ainsi, la durée totale d’immobilisation des titres atteint désormais 8 ans : 2 ans d’engagement collectif, suivis de 6 ans d’engagement individuel. Cet allongement représente l’une des contraintes d’une holding transmise dans ce cadre et doit être bien intégré en amont dans la stratégie patrimoniale.
La fonction de direction exercée pendant la conservation
La troisième condition du pacte Dutreil est l’exercice effectif d’une fonction de direction au sein de la société transmise. Elle s’applique en deux temps : pendant la durée de l’engagement collectif, puis pendant les 3 ans qui suivent la transmission. La nature de l’obligation varie selon le régime fiscal.
Pour une société à l’IR (Société en Nom Collectif, société civile…), l’un des signataires ou bénéficiaires doit exercer son activité professionnelle principale. Pour une société à l’IS (Société à Responsabilité Limitée, Société Anonyme, Société par Actions Simplifiée…), l’une de ces fonctions de direction s’impose : gérant, président, directeur général… Pour les dirigeants souhaitant créer une holding, l’un des membres désignés doit en assumer la direction effective.
Les seuils de détention à respecter selon la forme juridique
Pour être valable, l’engagement collectif de conservation doit porter sur un volume de titres suffisant. Les seuils varient selon que la société est cotée ou non sur un marché réglementé.
| Type de sociétés | Droits financiers | Droits de vote |
| Non cotée | 17 % minimum | 34 % minimum |
| Cotée | 10 % minimum | 20 % minimum |
Ces seuils s’apprécient sur la base de la participation cumulée de tous les signataires : plusieurs associés minoritaires peuvent donc se regrouper pour les atteindre.
Résultat : même avec une participation individuelle modeste, il est possible de souscrire l’engagement collectif. Parmi les avantages d’une holding, elle permet précisément de centraliser ces participations et d’en faciliter l’atteinte.
Quel est l’avantage fiscal réel du pacte Dutreil ?
L’exonération de 75 % de la valeur des titres transmis
Le pacte Dutreil permet d’exonérer 75 % de la valeur des titres transmis des droits de mutation à titre gratuit. Concrètement, seuls 25 % de la valeur de votre société entre dans la base de calcul de l’impôt. Contrairement à d’autres dispositifs fiscaux, cette exonération n’est soumise à aucun plafond : elle s’applique quelle que soit la valeur de l’entreprise transmise. Ce mécanisme allège considérablement la charge fiscale qui pèse sur les bénéficiaires d’une holding transmise.
Le calcul des droits de donation avec l’abattement Dutreil
L’exonération de 75 % réduit mécaniquement l’assiette sur laquelle les droits de donation sont calculés. La formule est simple :
Base imposable = valeur des titres × 25 %
Le barème progressif des droits de mutation à titre gratuit s’applique ensuite à cette base réduite.
- Base imposable après Dutreil : 500 000 × 25 % = 125 000 €
- Droits dus : environ 23 200 €
- Sans Dutreil : environ 98 200 €
Résultat : une économie de 75 000 € grâce à la seule exonération Dutreil. Pour visualiser l’impact sur une transmission via une holding, notre exemple de montage financier propose d’autres scénarios.
La réduction supplémentaire en cas de donation en pleine propriété avant 70 ans
L’article 790 du CGI prévoit une réduction supplémentaire de 50 % sur les droits de donation lorsque deux conditions sont réunies :
- Le donateur doit être âgé de moins de 70 ans ;
- La donation doit être faite en pleine propriété.
Concrètement, les droits calculés après l’exonération de Dutreil sont encore divisés par deux.
Bon à savoir : cette réduction de 50 % est cumulable avec l’abattement légal de 100 000 € par enfant et par parent, applicable à tous les dons en ligne directe et renouvelable tous les 15 ans. En combinant les trois mécanismes (exonération Dutreil + réduction avant 70 ans + abattement légal), la charge fiscale finale peut être quasi nulle pour les transmissions de taille modeste.
Comment mettre en place un pacte Dutreil concrètement ?
Le rôle du notaire et du conseiller fiscal
La mise en place d’un pacte Dutreil ne s’improvise pas. Elle mobilise deux professionnels aux rôles complémentaires.
Le notaire : il est obligatoire pour l’acte de donation (art. 931 du Code civil) : c’est lui qui formalise la transmission. L’engagement collectif de conservation peut, quant à lui, être signé sous seing privé, à condition d’être enregistré auprès de l’administration fiscale. Pour une holding, il vérifie également que l’objet social de la structure est conforme aux exigences du dispositif.
L’avocat fiscaliste ou le conseiller en gestion de patrimoine intervient en amont : audit patrimonial, choix de la structure, arbitrage entre pleine propriété et démembrement.
Ensemble, ces deux professionnels s’assurent que toutes les conditions du pacte sont réunies avant la transmission.
Les documents à signer et les délais à respecter
La mise en place concrète du pacte Dutreil repose sur trois documents essentiels.
Les documents obligatoires :
- L’engagement collectif de conservation (ECO), signé entre associés ou par le donateur seul, sous seing privé ou par acte notarié ;
- L’acte de donation notarié, qui formalise juridiquement la transmission des titres, à enregistrer auprès du service fiscal dans le mois suivant sa signature ;
- L’engagement individuel de conservation (ECI), souscrit par chaque bénéficiaire au moment de la transmission.
Côté délais : l’ECO doit être en cours depuis au moins 2 ans avant la transmission. En cas de succession sans ECO préalable, les héritiers disposent de 6 mois à compter du décès pour le conclure.
Certains dirigeants procèdent en amont à un apport de titres à une holding avant d’engager la transmission. Cette étape préalable peut optimiser la structuration patrimoniale.
Les obligations déclaratives après la transmission
Après la transmission, le pacte Dutreil génère des obligations déclaratives courantes sur toute la durée des engagements. Trois attestations sont à produire.
La première est jointe à l’acte de donation ou à la déclaration de succession : la société atteste que les conditions de l’ECO et des seuils ont été respectées jusqu’au jour de la transmission.
La deuxième intervient sur demande de l’administration : la société transmet une attestation à l’héritier ou donataire, qui la relaie dans un délai de 3 mois. Elle certifie que toutes les conditions du pacte sont respectées de manière continue.
La troisième est transmise à l’administration dans les 3 mois suivant la fin de l’ECI : la société certifie que l’ensemble des conditions a été respecté jusqu’à son terme. Il est conseillé de se faire accompagner à chacune de ces étapes par un conseiller fiscal.
Les cas de rupture du pacte et leurs conséquences fiscales
La rupture du pacte Dutreil peut survenir pour quatre raisons :
- La cession des titres avant terme ;
- Le non-respect de la condition de direction ;
- L’abandon d’une activité éligible ;
- L’inscription des titres sur un compte PME innovation.
Les droits exonérés deviennent alors exigibles, majorés des intérêts de retard. La remise en cause peut être partielle : si seul un signataire cède ses titres, les autres conservent leur exonération si les seuils restent respectés.
Plusieurs exceptions évitent la remise en cause, sous conditions : fusion ou scission de la société, apport des titres à une holding éligible ou donation aux descendants si ceux-ci s’engagent à poursuivre les obligations. En cas de rupture, une création d’entreprise sous une nouvelle forme reste envisageable.
Bon à savoir : le décès d’un bénéficiaire ne remet pas automatiquement en cause l’exonération. Les titres peuvent être transmis à ses héritiers, qui reprennent alors les engagements.
