- Une holding accumule souvent une trésorerie excédentaire issue de la remontée de dividendes de ses filiales ;
- Avant de placer cette trésorerie, il faut définir son horizon, le couple rendement/risque accepté et la fiscalité associée à chaque support ;
- Le compte à terme, le contrat de capitalisation, les SCPI/OPCI, le compte-titres ordinaire et le private equity sont les principaux supports disponibles ;
- Le régime mère-fille permet de limiter fortement la fiscalité sur les dividendes remontés des filiales.
Vous dirigez une holding et vous constatez, année après année, que la trésorerie s’accumule sur votre compte bancaire sans que vous sachiez vraiment quoi en faire ? La holding centralise les dividendes de ses filiales, mais elle n’a pas de charges d’exploitation à financer, donc l’argent s’empile sans être utilisé. Faut-il laisser cette trésorerie dormir, la placer ou la distribuer aux associés ? Dans cet article, nous voyons pourquoi il est rarement judicieux de laisser une trésorerie de holding inactive et comment vous organiser pour passer à l’action.

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Qu’est-ce que la trésorerie d’une holding ?
La trésorerie correspond à l’ensemble des liquidités immédiatement disponibles d’une entreprise ou d’une holding : les sommes présentes sur ses comptes bancaires, ainsi que les équivalents de trésorerie facilement mobilisables (comptes à terme de courte durée, valeurs mobilières de placement très liquides, etc.).
D’un point de vue comptable, elle regroupe principalement :
- Les comptes bancaires (soldes créditeurs) ;
- Les comptes à terme et dépôts à court terme ;
- Les valeurs mobilières de placement (VMP) facilement cessibles ;
- La caisse, quand elle existe.
Dans le cas d’une holding, cette trésorerie a une origine particulière : elle provient rarement d’une activité d’exploitation propre (contrairement à une société opérationnelle), mais le plus souvent de :
- La remontée de dividendes des filiales, source la plus fréquente, notamment dans le cadre du régime mère-fille ;
- La cession de titres, par exemple après la vente d’une entreprise filiale, qui peut générer une trésorerie de plusieurs centaines de milliers d’euros ;
- L’apport en compte courant d’associé, un cas moins fréquent mais qui peut également alimenter la trésorerie d’une holding.
C’est pour cette raison que la trésorerie est souvent qualifiée d’ « excédentaire ».
Pourquoi et quand effectuer un placement de trésorerie ?
Une holding a généralement pour vocation de détenir des participations, de financer ses filiales ou de préparer de futurs investissements. Entre deux opérations, la trésorerie disponible peut être investie afin de :
- Améliorer le rendement des liquidités ;
- Préserver le capital contre l’inflation ;
- Diversifier les actifs détenus par la société ;
- Générer des revenus financiers ;
- Conserver des réserves mobilisables pour de futurs projets.
Conserver des liquidités importantes sur un compte bancaire non rémunéré revient à accepter une perte de valeur progressive. Sans rendement, la trésorerie subit mécaniquement l’érosion monétaire liée à l’inflation dégradant silencieusement la valeur réelle du bilan de la holding.
Sophie dirige une holding qui détient les parts de son cabinet de conseil. Sa holding a perçu 300 000 € de dividendes de sa filiale sur les trois dernières années, restés sur le compte bancaire sans être placés. Avec une inflation moyenne de 2 % par an, cette somme perd mécaniquement du pouvoir d’achat chaque année, soit environ 6 000 € par an de valeur réelle en moins, sans qu’aucune ligne comptable ne le signale explicitement.
La stratégie retenue dépend avant tout de l’horizon d’investissement, des besoins de liquidité et de la tolérance au risque de la société.
Placement de trésorerie holding vs société opérationnelle : quelles différences ?
Une holding bénéficie d’une plus grande liberté pour investir sa trésorerie qu’une société opérationnelle, car elle n’a pas à financer un cycle d’exploitation et son actionnariat (souvent plus concentré) facilite les décisions d’investissement.
Quels critères pour choisir son placement de trésorerie en holding ?
L’horizon de placement
Avant de choisir un support, il faut vous poser une question simple : dans combien de temps aurez-vous potentiellement besoin de cette trésorerie ? Quelle est votre stratégie ?
- Disponibilités à court terme (moins de 2 ans) ?
- Trésorerie mobilisable à moyen terme ?
- Excédent structurel destiné à être investi sur le long terme ?
En règle générale, plus un placement est réalisé sur un horizon long, moins sa liquidité est immédiate. C’est un compromis à accepter, pas un défaut du placement en lui-même.
Le couple rendement/risque à arbitrer
Comme pour tout placement financier, le rendement espéré est directement lié au niveau de risque accepté.
- Un compte à terme, sans risque de perte en capital, offre un rendement de l’ordre de 2 à 4 % par an ;
- À l’autre extrémité, un investissement en private equity peut viser un rendement à deux chiffres, mais avec un risque de perte en capital et une immobilisation des fonds sur 8 à 10 ans.
Il n’existe pas de « bon » ou de « mauvais » placement dans l’absolu : tout dépend de votre tolérance au risque et de vos objectifs.
La fiscalité selon le support choisi
Les revenus financiers d’une holding soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) sont, par principe, intégrés à son résultat imposable. Mais tous les supports ne sont pas fiscalisés de la même façon ni au même moment :
- Un compte à terme génère des intérêts imposés chaque année ;
- Un contrat de capitalisation permet de différer une partie de la fiscalité jusqu’au rachat.
Ce critère est donc à intégrer dès le départ, et pas seulement au moment de la déclaration fiscale.
Quelles sont les principales solutions de placement de trésorerie ?
Tableau comparatif des principaux placements de trésorerie pour une holding
| Support | Horizon | Liquidité | Rendement |
| Compte à terme | 1 mois à 5 ans | Forte à l’échéance | 2 % à 5 % |
| Contrat de capitalisation | Plus de 4 ans | Moyenne | 3 % à 7 % |
| SCPI / OPCI | Plus de 4 ans | Faible à moyenne | Environ 5 % |
| Private Equity | 8 à 10 ans | Faible | Dépend des fonds |
| Compte-titres ordinaire | Variable | Forte | Dépend des titres |
Dans la pratique, la majorité des dirigeants ne placent jamais la totalité de leur trésorerie. Une partie reste disponible pour faire face aux imprévus, financer un projet d’acquisition ou soutenir une filiale en cas de besoin.
L’objectif n’est donc pas de rechercher le rendement maximal sur 100 % des liquidités, mais de construire une allocation cohérente entre réserve de sécurité, placements à moyen terme et investissements de long terme.
Le compte à terme (CAT)
Le compte à terme (CAT) permet de bloquer une somme sur une durée définie à l’avance, en échange d’un taux d’intérêt fixé au départ. À l’échéance, vous récupérez le capital et les intérêts. C’est une solution simple, sans risque de perte en capital, avec un rendement qui varie généralement entre 2 % et 5 % selon la durée d’engagement. C’est souvent le premier réflexe des dirigeants qui souhaitent sécuriser une partie de leur trésorerie tout en évitant qu’elle reste totalement improductive.
Les CAT offrent une bonne liquidité et un niveau de risque limité, ce qui les rend particulièrement adaptés aux trésoreries destinées à être utilisées dans les prochains mois. En contrepartie, leur rendement reste généralement inférieur à celui des placements de long terme.
Les contrats de capitalisation
Le contrat de capitalisation est l’équivalent, pour une personne morale, de l’assurance-vie pour un particulier (une holding ne peut d’ailleurs pas souscrire d’assurance-vie, seulement un contrat de capitalisation). Il s’agit d’une enveloppe dans laquelle vous pouvez investir sur différents supports :
- Fonds euros sécurisés ;
- Unités de compte (SCPI, actions, obligations) ;
- Produits structurés.
Vous choisissez une gestion libre ou une gestion pilotée.
Son principal intérêt fiscal réside dans le régime des primes de remboursement : la holding est imposée chaque année sur une base forfaitaire théorique, et non sur la performance réelle du contrat. Un rattrapage intervient au moment du rachat, ce qui permet, sur le long terme, une capitalisation plus rapide qu’avec un support fiscalisé sur sa performance réelle chaque année.
L’immobilier
Si vous souhaitez exposer une partie de la trésorerie de votre holding à l’immobilier sans en assurer la gestion directe, les SCPI et les OPCI sont des solutions « pierre-papier » adaptées.
Les deux fonctionnent sur un principe proche : vous achetez des parts, et une société de gestion se charge d’acquérir, de louer et d’entretenir les biens immobiliers. La principale différence tient à la liquidité : une part d’OPCI peut généralement être revendue en quelques jours, contre plusieurs mois pour une part de SCPI.
L’achat de parts de SCPI en usufruit temporaire permet, sous certaines conditions, d’amortir comptablement la totalité du montant investi de façon linéaire sur la durée du démembrement, ce qui réduit le résultat imposable de la holding pendant la durée de détention. Ces investissements peuvent offrir une diversification patrimoniale et des revenus réguliers.
Le compte-titres ordinaire
Le compte-titres ordinaire (CTO) permet à une holding d’investir directement en actions, obligations ou ETF, sans plafond de versement ni limitation géographique. Sa grande liquidité constitue l’un de ses principaux atouts puisque les titres peuvent être arbitrés ou cédés à tout moment.
En contrepartie, la valeur du portefeuille est directement soumise aux fluctuations des marchés financiers, ce qui implique un risque de perte en capital à assumer.
Le private equity
Pour une trésorerie durablement excédentaire et sans besoin de liquidité à court terme, l’investissement dans des fonds de capital investissement (FCPR, FPCI) permet de viser des rendements plus élevés en contrepartie d’un horizon de placement long, généralement supérieur à 7 ou 10 ans, et d’une liquidité très restreinte pendant toute la durée du fonds.
À noter : ce type de placement doit rester une brique parmi d’autres dans l’allocation globale de la trésorerie de votre holding, pas une solution unique.
Quel placement choisir dans ma situation ?
Chaque solution répond à un objectif différent. Certaines privilégient la sécurité et la disponibilité des fonds, tandis que d’autres recherchent davantage de performance au prix d’un horizon d’investissement plus long ou d’un niveau de risque plus élevé.
| Si votre objectif est de… | Le placement privilégié est… |
| Conserver une trésorerie disponible | Compte à terme |
| Faire travailler une trésorerie pendant plusieurs années | Contrat de capitalisation |
| Investir dans l’immobilier sans gérer un bien | SCPI / OPCI |
| Investir sur les marchés financiers | Compte-titres ordinaire |
| Rechercher de la performance sur le long terme | Private equity |
Quelle fiscalité pour les placements de trésorerie d’une holding ?
L’imposition à l’IS des revenus financiers
Les revenus générés par les placements de trésorerie d’une holding (intérêts, plus-values, dividendes) sont en principe intégrés au résultat imposable et soumis à l’impôt sur les sociétés.
Deux taux d’imposition peuvent s’appliquer, en fonction de la situation de la holding. Le taux normal de 25 % s’applique par défaut à l’ensemble du bénéfice imposable, quel que soit le chiffre d’affaires ou la taille de la société.
Le taux réduit de 15 % s’applique uniquement sur les 42 500 premiers euros de bénéfice imposable (le solde restant taxé à 25 %), et seulement si la holding remplit trois conditions cumulatives :
- Un chiffre d’affaires hors taxes inférieur à 10 millions d’euros sur l’exercice concerné ;
- Un capital social entièrement libéré à la clôture de l’exercice ;
- Un capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, ou par une société elle-même détenue à 75 % au moins par des personnes physiques, de manière continue sur l’exercice.
Le régime mère-fille pour optimiser la remontée de dividendes
Lorsque la holding détient au moins 5 % du capital d’une filiale et s’engager à conserver ces titres pendant au moins 2 ans, les dividendes remontés peuvent bénéficier du régime mère-fille (ici) :
- 95 % du montant est exonéré d’impôt sur les sociétés ;
- Seule une quote-part de frais et charges de 5 % restant imposable.
C’est ce mécanisme qui explique pourquoi la trésorerie constituée au niveau d’une holding subit un frottement fiscal très limité par rapport à une distribution directe aux associés personnes physiques.
À noter : le régime mère-fille et l’intégration fiscale sont deux mécanismes distincts, qui répondent à des objectifs différents : le premier limite l’imposition des dividendes remontés, le second permet de consolider les résultats fiscaux de toutes les sociétés du groupe (une filiale déficitaire peut ainsi compenser le résultat bénéficiaire de la holding). Ils peuvent être combinés, mais ne doivent pas être confondus.
Comment mettre en place le placement de trésorerie de sa holding ?
Toute la trésorerie inscrite au bilan de votre holding n’est pas nécessairement disponible pour être investie. Avant toute décision, il convient d’isoler :
- L’impôt sur les sociétés à payer sur l’exercice en cours ;
- Les dividendes déjà votés mais pas encore versés ;
- Les échéances de remboursement de dettes ou de comptes courants d’associés.
Une fois ce périmètre « non investissable » identifié, il est prudent de définir une réserve de sécurité pour absorber un imprévu, avant d’allouer le solde réellement disponible à des placements.
Vous souhaitez en savoir plus sur la création d’entreprise, le choix des statuts juridiques ou encore l’objet social d’une holding ? Laissez-nous vos questions dans l’espace commentaires !
