Entreprise individuelle (EI) ou EURL : quel statut choisir pour se lancer seul ?

En résumé

  • L’EI est une entreprise en nom propre, sans capital social ni statuts, alors que l’EURL est une société dotée de sa propre personnalité morale ;
  • Depuis le 15 mai 2022, l’entrepreneur individuel bénéficie lui aussi d’une séparation automatique entre son patrimoine personnel et son capital professionnel ;
  • Les deux statuts relèvent de l’impôt sur le revenu par défaut, avec une option possible pour l’impôt sur les sociétés : 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice (chiffre d’affaires inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), puis 25 % au-delà ;
  • L’entrepreneur individuel et le gérant associé unique d’EURL sont tous deux travailleurs non salariés (TNS) ;
  • L’EURL coûte plus cher à créer et à gérer, mais elle facilite l’arrivée d’un associé et la cession de l’activité.

Pour entreprendre sans associé, deux statuts reviennent souvent : l’entreprise individuelle (EI) et l’EURL. Le choix entre EI ou EURL a des conséquences directes sur votre imposition, vos cotisations sociales, vos obligations comptables et la protection de vos biens.

La réforme de 2022 a rapproché les deux statuts sur la protection du patrimoine, et leurs options fiscales sont désormais identiques. Les vraies différences se jouent sur le formalisme, la rémunération, les dividendes et les perspectives d’évolution. Voici les principales différences entre ces deux statuts et celui qui vous correspond le mieux.

Entreprise individuelle (EI) ou EURL : quel statut choisir pour se lancer seul ?

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EI ou EURL : les principales différences

Le choix du statut juridique de votre entreprise repose d’abord sur une question simple : voulez-vous exercer en votre nom propre ou créer une personne morale distincte de vous ? C’est toute la différence entre l’EI et l’EURL.

L’EI, une activité exercée en nom propre

En entreprise individuelle, l’entrepreneur et l’entreprise ne forment qu’une seule personne juridique. Il n’y a ni statuts ni capital social : vous dirigez seul et prenez toutes les décisions sans formalité particulière.

La micro-entreprise n’est pas un statut à part entière : un micro-entrepreneur reste un entrepreneur individuel, simplement soumis à un régime fiscal et social simplifié. Dans ce régime, les impôts et les cotisations sont calculés sur le chiffre d’affaires, sans déduction des frais réels. C’est donc l’EI au régime réel, où le bénéfice est déterminé après déduction des charges, qui se compare vraiment à l’EURL.

L’EURL, une société avec un associé unique

L’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée est une SARL (société à responsabilité limitée) qui ne compte qu’un seul associé, d’où son autre nom de SARL unipersonnelle. Contrairement à l’EI, elle repose sur des statuts rédigés à la création et sur un capital social, librement fixé par l’associé à partir de 1 €. Elle possède sa propre personnalité morale : elle signe les contrats, détient les biens et encaisse le chiffre d’affaires en son nom.

L’EURL distingue deux rôles : l’associé unique, propriétaire des parts sociales, et le gérant, qui dirige la société. Le plus souvent, une seule et même personne cumule les deux fonctions, mais la gérance peut aussi être confiée à un tiers.

Tableau comparatif entre l’EI et l’EURL

Les critères qui servent à comparer les différents statuts juridiques s’appliquent ici : responsabilité, fiscalité, régime social, formalités et transmission. Voici comment l’EI et l’EURL se positionnent sur chacun d’eux.

CritèreEIEURL
Personnalité moraleNonOui
Capital socialAucunLibrement fixé dans les statuts
ResponsabilitéLimitée au patrimoine professionnel, sauf exceptionsLimitée au montant des apports, sauf faute de gestion
Imposition par défautImpôt sur le revenu (BIC, BNC ou BA)Impôt sur le revenu au nom de l’associé unique
Option pour l’ISPossiblePossible
Régime micro-fiscalPossiblePossible si le gérant est l’associé unique, personne physique
Statut social du dirigeantTNSTNS si gérant associé unique, assimilé salarié si gérant tiers rémunéré
Formalités de créationDéclaration en ligne sur le guichet unique de l’INPIStatuts, dépôt du capital, annonce légale, puis immatriculation au RCS via le guichet unique de l’INPI
Dépôt des comptes annuelsNonOui, au greffe
TransmissionCession du fonds ou de la clientèleCession des parts sociales ou du fonds

Responsabilité : une protection du patrimoine désormais proche

La protection des biens personnels était l’argument historique en faveur de l’EURL, mais il a beaucoup perdu de sa force. Depuis la loi du 14 février 2022, entrée en vigueur le 15 mai 2022, l’entrepreneur individuel bénéficie d’une séparation automatique entre son patrimoine personnel et son patrimoine professionnel. Ses créanciers professionnels ne peuvent en principe saisir que les biens utiles à son activité.

Cette protection connaît toutefois des exceptions. L’entrepreneur peut y renoncer au profit d’un créancier, par exemple pour obtenir un prêt. L’administration fiscale et l’Urssaf peuvent aussi, dans certaines situations, poursuivre l’ensemble de ses biens, notamment en cas de manœuvres frauduleuses ou de manquements graves à ses obligations.

En EURL, la responsabilité de l’associé unique est limitée au montant de ses apports. Le gérant peut néanmoins voir sa responsabilité personnelle engagée en cas de faute de gestion. La frontière entre les biens de la société et ceux de l’associé reste plus nette, puisque la société dispose de son propre patrimoine.

Bon à savoir : en EI comme en EURL, les banques demandent souvent une caution personnelle pour accorder un prêt professionnel. Dans ce cas, vos biens personnels redeviennent un gage, quel que soit le statut choisi.

Fiscalité : les mêmes options en EI et en EURL

Sur le plan fiscal, les deux statuts offrent les mêmes possibilités lorsque le gérant d’EURL est l’associé unique et une personne physique. La différence se joue donc sur le régime que vous choisissez, pas sur la forme juridique.

L’impôt sur le revenu, régime par défaut

Par défaut, le bénéfice de l’EI comme celui de l’EURL est soumis à l’impôt sur le revenu de l’entrepreneur. Il est déclaré dans la catégorie qui correspond à l’activité : bénéfices industriels et commerciaux (BIC) pour le commerce et l’artisanat, bénéfices non commerciaux (BNC) pour les professions libérales, ou bénéfices agricoles (BA) pour les exploitants agricoles. Le bénéfice est imposé au barème progressif, qu’il soit prélevé ou laissé dans l’entreprise.

Les deux statuts peuvent relever du régime micro-fiscal tant que le chiffre d’affaires ne dépasse pas 203 100 € pour la vente de marchandises et 83 600 € pour les prestations de services. Au-delà, ou sur option, l’entreprise passe au régime réel. Côté TVA, les règles sont les mêmes : la franchise en base s’applique tant que le chiffre d’affaires reste sous 85 000 € pour la vente et 37 500 € pour les services.

L’option pour l’impôt sur les sociétés

L’EI et l’EURL peuvent opter pour l’impôt sur les sociétés (IS). Le bénéfice est alors taxé au nom de l’entreprise au taux normal de 25 %, avec un taux réduit de 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice. La rémunération du dirigeant devient une charge déductible, imposée chez lui dans la catégorie des traitements et salaires.

Le taux réduit est réservé aux entreprises dont le chiffre d’affaires hors taxes est inférieur à 10 millions d’euros et dont le capital est entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques. Une EURL qui n’a versé qu’une partie de ses apports à la création doit donc compléter la libération de son capital pour en bénéficier.

L’IS devient intéressant lorsque le bénéfice est élevé et que vous souhaitez en laisser une partie dans l’entreprise pour investir : la fraction non distribuée est taxée à 15 % au lieu de votre taux marginal d’imposition. Les dividendes versés ensuite sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, ou au barème progressif sur option.

Statut social et rémunération du dirigeant

L’entrepreneur individuel et le gérant associé unique d’EURL relèvent du même régime : celui des travailleurs non salariés (TNS). Leurs cotisations sont nettement moins élevées que celles d’un dirigeant assimilé salarié, en contrepartie d’une protection sociale moins complète, sans assurance chômage notamment.

Depuis avril 2026, lors de la régularisation des cotisations dues au titre de 2025, une réforme de l’assiette sociale s’applique : les cotisations sont calculées sur le revenu professionnel sans déduction des cotisations elles-mêmes, diminué d’un abattement forfaitaire de 26 %. Cette règle vaut pour tous les TNS hors micro-entreprise, en EI comme en EURL. À l’IR, elle s’applique au bénéfice ; à l’IS, à la rémunération du dirigeant augmentée de la fraction des dividendes soumise aux cotisations.

Exemple : Claire exerce en EI à l’impôt sur le revenu et dégage un revenu professionnel de 40 000 €. Son assiette sociale s’élève à 40 000 € × 74 %, soit 29 600 €. Ses cotisations et sa CSG-CRDS sont calculées sur ce montant.

À l’IS, la vraie différence entre les deux statuts porte sur les dividendes. En EURL, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes laissées en compte courant d’associé est soumise aux cotisations TNS. En EI à l’IS, ce seuil correspond à 10 % du bénéfice net. Une EURL au capital très faible ne permet donc pas d’échapper aux cotisations en se rémunérant en dividendes.

Exemple : Julien est gérant d’une EURL à l’IS au capital de 1 000 €, sans compte courant d’associé. Il se verse 10 000 € de dividendes. Seuls 100 €, soit 10 % du capital, échappent aux cotisations TNS : les 9 900 € restants y sont soumis.

Le choix entre se rémunérer en salaire ou en dividendes dépend donc de votre niveau de bénéfice et de vos besoins personnels.

Enfin, si la gérance de l’EURL est confiée à un tiers rémunéré, celui-ci devient assimilé salarié, comme un président de SASU. La SASU et l’EURL sont en effet les deux formes de sociétés à associé unique, mais leurs dirigeants n’ont pas le même statut social par défaut.

Création, gestion et coûts au quotidien

Des formalités de création plus lourdes en EURL

Créer une EI se fait en ligne sur le guichet unique de l’INPI (ici) : vous remplissez la déclaration et joignez les justificatifs demandés. Il n’y a ni statuts à rédiger ni capital à déposer, et la formalité est gratuite pour les activités libérales.

Pour une EURL, la démarche passe aussi par ce guichet, mais plusieurs étapes la précèdent : rédaction des statuts, dépôt du capital et publication d’une annonce légale. Le dossier d’immatriculation est ensuite déposé en ligne, puis transmis au greffe pour l’inscription au registre du commerce et des sociétés. Il faut prévoir les frais d’annonce légale et d’immatriculation, auxquels s’ajoutent d’éventuels honoraires si vous vous faites accompagner. Les apports en numéraire peuvent n’être libérés qu’à hauteur d’un cinquième à la constitution, le solde devant être versé dans les cinq ans.

Un fonctionnement plus encadré en EURL

Une fois l’EURL créée, plusieurs obligations s’imposent : utiliser un compte professionnel, consigner les décisions de l’associé unique dans un registre, approuver les comptes chaque année et les déposer au greffe. Hors régime micro, la comptabilité doit être complète, avec bilan et compte de résultat.

En EI au régime réel, les obligations comptables dépendent du régime d’imposition, mais aucun dépôt de comptes n’est exigé et les décisions ne demandent aucun formalisme. Dans les deux cas, un logiciel comme Indy permet de tenir sa comptabilité et de préparer ses déclarations fiscales sans expertise particulière.

En EI, les règles sont plus souples. Une EI au régime réel n’est pas tenue d’ouvrir un compte bancaire dédié, quel que soit son chiffre d’affaires, sauf si elle exerce une activité commerciale. Les micro-entrepreneurs, eux, doivent en ouvrir un dès que leur chiffre d’affaires dépasse 10 000 € pendant deux années consécutives. Même sans obligation, un compte dédié reste recommandé pour éviter de mélanger dépenses personnelles et professionnelles. Les obligations comptables dépendent du régime d’imposition, mais aucun dépôt de comptes n’est exigé et les décisions ne demandent aucun formalisme. Dans les deux cas, un logiciel comme Indy permet de tenir sa comptabilité et de préparer ses déclarations fiscales sans expertise particulière.

EI ou EURL : quel statut selon votre projet ?

Aucun statut n’est meilleur dans l’absolu. Le bon choix dépend de votre activité, de vos revenus prévisionnels et de vos projets à moyen terme.

L’EI convient bien si :

  • vous démarrez une activité de prestation de services qui demande peu d’investissements ;
  • vous voulez tester votre projet rapidement, sans frais de création ;
  • vous souhaitez limiter au maximum les formalités et la gestion administrative ;
  • vous prévoyez de prélever l’essentiel de votre bénéfice pour vivre.

L’EURL est plus adaptée si :

  • vous envisagez d’accueillir un associé, puisqu’elle devient une SARL classique sans changer de structure ;
  • vous comptez céder votre activité un jour, la vente de parts sociales étant plus simple que celle d’un fonds ;
  • votre activité nécessite des investissements importants ou des emprunts ;
  • vous voulez une séparation nette entre vos biens et ceux de l’entreprise.

Au fond, choisir entre EI et EURL revient à trancher entre exercer en nom propre ou créer une société. Si votre projet évolue, l’EURL offre l’avantage de ne pas changer de cadre : l’EURL est une SARL à associé unique, qui devient une SARL classique dès l’entrée d’un second associé.

Passer de l’EI à l’EURL en cours d’activité

Une entreprise individuelle ne peut pas être transformée en EURL au sens juridique, puisqu’elle n’a pas de personnalité morale. Le passage nécessite de créer une nouvelle société, puis d’y transférer l’activité.

Plusieurs solutions existent : apporter le fonds ou la clientèle au capital de l’EURL, le lui vendre, ou recourir au transfert universel du patrimoine professionnel créé par la réforme de 2022. Ce dernier permet de transmettre en une seule opération l’ensemble des biens, droits et obligations liés à l’activité.

Chaque solution entraîne des conséquences fiscales différentes, notamment en matière de plus-values et de droits d’enregistrement. Il est donc conseillé de se faire accompagner par un expert-comptable avant de franchir le pas.

Bon à savoir : un micro-entrepreneur qui dépasse les seuils n’est pas obligé de créer une société. Il peut rester en EI au régime réel, et même opter pour l’IS, sans changer de structure.

Vous hésitez encore entre EI ou EURL, ou vous avez une question sur votre situation ? Notre équipe vous répond dans les commentaires !

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Questions fréquentes

Une EURL peut-elle relever du régime de la micro-entreprise ?

Oui, à condition que le gérant soit l’associé unique, qu’il s’agisse d’une personne physique et que la société reste à l’impôt sur le revenu. Les seuils de chiffre d’affaires sont les mêmes qu’en EI, mais l’EURL conserve les formalités propres à une société.

Quel capital social faut-il pour créer une EURL ?

La loi n’impose aucun minimum : le capital est librement fixé par l’associé unique, et 1 € suffit en théorie. Un capital trop faible peut toutefois nuire à votre crédibilité auprès des banques et augmente la part des dividendes soumise aux cotisations sociales.

L’option pour l’impôt sur les sociétés est-elle définitive ?

Non, ni en EI ni en EURL. Vous pouvez y renoncer jusqu’au cinquième exercice suivant celui au titre duquel l’option a été exercée. Passé ce délai, elle devient irrévocable.

Peut-on créer une EI ou une EURL tout en étant salarié ?

Oui, le cumul est possible dans les deux cas. Vérifiez simplement que votre contrat de travail ne contient pas de clause d’exclusivité et respectez votre obligation de loyauté envers votre employeur. Les agents publics relèvent de règles spécifiques de cumul d’activités.

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